Les anges du rock psychédélique sont de retour

The Black Angels vient de publier le très bon "Wilderness of Mirrors".

Les anges du rock psychédélique sont de retour
©Pooneh Ghana

Chacun sa solution pour lutter contre la paupérisation, la guerre, le changement climatique, l’inflation, et la déprime généralisée qui en découle. Les thérapeutes recommandent la méditation, les syndicats la manifestation, les rockeurs psychédéliques… le rock psychédélique.

"Dans les années soixante, le rock psyché est né en réaction aux problèmes sociétaux de l'époque, explique avec passion Christian Bland. On avait la guerre du Vietnam, la défense des droits civiques, l'accroissement des inégalités… Le psychédélisme était un retour de flamme, une révolution créative contre une société déliquescente. On retrouve les mêmes fondamentaux aujourd'hui. Les gens ont plus que jamais besoin de liberté." Le musicien texan sait de quoi il parle, le mur érigé par Donald Trump pour "protéger" les États-Unis du Mexique se dresse à quelques centaines de kilomètres de chez lui, à Austin.

Logée au nord de San Antonio, la ville a longtemps incarné le rock and roll, la contre-culture, un îlot progressiste dans un État conservateur. Rien d'étonnant, donc, à y voir fleurir dès les sixties, le courant psychédélique avec des formations mythiques comme 13th Floor Elevators, puis, quarante ans plus tard, The Black Angels. Dès 2006, Christian Bland (guitare, claviers), Alex Maas (chant, guitare), Stephanie Bailey (batterie) et deux autres complices prennent la relève de leurs illustres prédécesseurs en publiant le génial Passover, puis Directions to See a Ghost, deux ans plus tard.

L'année 2008 est même exceptionnelle. Outre les Black Angels, on retrouve les Canadiens de Black Mountain avec le chef-d'œuvre In the Future, et le My Bloody Underground du Brian Jonestown Massacre. Les guitares sont omniprésentes, les pédales fuzz en rupture de stock. Des petits génies comme le Californien Ty Segall font leur apparition, puis, le mouvement retourne progressivement dans sa niche. "Les années sombres", comme les baptise Christian Bland au bout du fil. "Les choses se sont un peu essoufflées, même si nous avons continué. Mais, depuis 2013 ou 2015, on assiste à une résurgence incroyable du genre."

À l'heure de publier leur sixième album - Wilderness of Mirrors (sorti le 16 septembre chez Pias) -, les Black Angels retrouvent en effet un terreau on ne peut plus fertile. Très inspirés par le psychédélisme oriental, les Australiens de King Gizzard and The Lizard Wizard sortent album sur album et multiplient les tournées mondiales. Les Turcs d'Altin Gün, qui reprennent de vieux standards de la scène psychédélique turque, connaissent un succès inouï. Et ce ne sont là que deux des exemples les plus marquants du moment.

"La scène des années 1960 était tellement riche et tirait ses origines de tellement de sources différentes que les influences sont infinies", analyse Christian Bland, quand on lui demande si cette nouvelle génération influence le son initialement très fuzz et carré des Black Angels.

"Nous venons d'univers très différents, rétorque-t-il. Depuis mes neuf ans et la découverte du Sgt. Pepper des Beatles, cet album influence tout ce que je fais. Cela reste un élément déterminant dans mon écriture, l'esprit que je veux donner à ma musique."

Parfois timide, voire tiède, sur ses dernières livraisons, le quintet d’Austin hausse le ton d’entrée de jeu et attaque en puissance avec les brillants "Without a Trace", "History of the Future" et "Empires Falling", avant de ralentir pour mieux élargir le propos.

"Nous avons utilisé trois mellotrons (synthétiseur polyphonique, NdlR) pour créer toute une série de sons bizarres, s'amuse Christian Bland. Mais, niveau guitares, on garde nos bases, je joue encore et toujours avec ma vieille Rickenbaker 345. Je suis né et je serai enterré avec cette guitare." Avant de mourir, l'avenir est-il assuré ? Pas certain, The Black Angels incarnent Austin et vice versa.

Mais, à l'image de San Francisco, la cité texane est envahie par les riches employés des entreprises de la technologie. "C'est de la folie, insiste le guitariste. Tant de gens arrivent de New York ou de la Silicon Valley que tout est devenu hors de prix, les artistes fuient. Je ne sais pas où je serai dans cinq ans ni s'il y aura encore des scènes pour accueillir du rock and roll."

En concert au Trix (Anvers) le 17 février. www.trixonline.be

Les anges du rock psychédélique sont de retour
©D.R.