"Thriller" fête ses 40 ans: comment Michael Jackson est devenu le roi de la pop grâce à cet album de tous les records

Il y a 40 ans sortait Thriller, l’album qui allait introniser Michael Jackson roi de la pop. C’était le 30 novembre 1982. Depuis ce jour, le monde de la musique n’a plus jamais été le même.

Michael Jackson Thriller
Une pochette d'album mythique. ©Sony

14 avril 1982. Michael Jackson entre en studio pour ce qui sera son sixième album, le second en solo. Il est bien entouré, en particulier par Quincy Jones avec qui il avait déjà fait équipe trois ans plus tôt. Mais le chanteur est "vénère". Il n'a toujours pas digéré l'accueil réservé à son disque précédent, Off The Wall, paru en 1979. Un très gros succès mais… Lors de la cérémonie de remises des Grammy Awards 1980, il l'avait scandé haut et fort. Seulement récompensé au titre de Meilleure performance vocale R&B pour "Don't Stop 'Til You Get Enough", il avait lâché, déçu : "C'est totalement injuste qu'il (Off The Wall, NdlR.) n'ait pas reçu le Grammy Award du disque de l'année et ça ne doit plus se reproduire."

Libéré de la tyrannique mainmise de son père Joseph, le jeune Michael Jackson, qui n'a alors que 23 ans, espère remettre les pendules à l'heure. Mais le moral n'y est pas. Il ne mange pas, ne se lave pas, et se perd dans ses sombres pensées. Outre le manque de reconnaissance attribué à Off The Wall, la solitude lui pèse. "Parfois, va-t-il jusqu'à dire, je vais me balader de nuit dans les environs, avec l'espoir de trouver quelqu'un à qui parler."

Miné par la rumeur qui veut que son nouvel album ne contient aucun tube alors qu’il veut que chaque titre en soit potentiellement un, Michael Jackson doute. John Branca qui a repris les commandes de sa carrière, lui y croit. Il connaît l’ambition de Michael Jackson : devenir la plus grande star du show-business. La plus riche aussi.

Le chanteur ne ménage pas sa peine. Avec Quincy Jones, ils travaillent sur 700 chansons ! C’est tout simplement colossal. Seules neuf d’entre elles seront retenues pour le disque. Et encore, au terme d’un long et harassant boulot recommencé d’innombrables fois. On flirte parfois avec la centaine de mixages différents pour une seule chanson. Et quand tout est enfin fini, ce n’est toujours pas assez bon. Chanteur et producteur referont les mixages une énième fois pendant toute une semaine.

L’album ne sortira pas

Entre les deux génies, il y a de l'électricité dans l'air. Quincy Jones, qui avant l'enregistrement de Thriller clamait que le jeune Michael allait devenir la plus grande star des années 80 et 90, se met aussi à douter. À ses yeux, par exemple, il faut raccourcir l'intro de "Billie Jean" avec cette ligne de basse devenue légendaire. Pire même, il pense que la chanson n'a pas sa place sur Thriller. Michael Jackson imposera son point de vue. Pour lui, le titre et sa basse entêtante inciteront les gens à danser immédiatement. Il décide de garder le tout et la chanson. Il avait du nez !

Lorsque Quincy Jones lui confie qu'à son avis le nouvel album ne pourra pas connaître le même succès qu'Off The Wall parce que l'industrie du disque, au début des années 80, n'est pas en grande forme, Michael Jackson voit rouge. Il menace de tout arrêter sur le champ et de ne jamais sortir le disque.

Finalement, au bout d'une nouvelle nuit à fignoler les derniers détails et à grand renfort d'invités prestigieux (Paul McCartney, Eddie Van Halen, Steve Lukather, Steve et Jeff Porcaro de Toto, l'acteur Vincent Price, etc.), Thriller est bouclé et envoyé à la maison de disques qui trépigne d'impatience depuis longtemps. Nous sommes en octobre 1982. Un mois plus tard, le 20 novembre, Thriller est dans les bacs des disquaires. Pas seulement aux États-Unis, partout dans le monde. Ce qui constitue une première à l'époque. Le début du raz-de-marée ? Pas tout à fait.

Un mois et demi plus tôt, "The Girl Is Mine", réalisé avec Paul McCartney, est commercialisé comme premier single. Il y en aura six autres ! Et tous s'inviteront dans le Top 10. Il sème le doute. Le choix surprend. La critique n'est pas vraiment convaincue. Certains se demandent même si Michael n'a pas vendu son âme au diable, en l'occurrence au public blanc. Il faudra attendre la sortie de "Billie Jean" et un coup de force pour l'imposer sur la toute jeune MTV, télévision exclusivement musicale, pour changer la donne (lire page 6-7) et propulser Thriller dans la stratosphère d'où le disque n'est jamais revenu, bien aidé également par les autres simples que sont "Beat It", "Thriller" et "Wanna Be Startin'Somethin'" (pour laquelle, Michael Jackson a chipé 77 secondes de la chanson "Soul Makossa" de Manu Dibango. L'affaire s'est conclue par un arrangement financier).

Couronné roi de la pop

Résultat : Thriller passe 37 semaines en tête du Billboard, le plus prestigieux des classements aux États-Unis. Seules des bandes originales de films comme South Pacific et West Side Story le devançaient à l'époque. Il s'est également maintenu pendant 80 semaines dans le Top 10 des albums. En une seule année, il s'en est vendu 32 millions de copies. Un record pour l'époque. Et il s'est vu récompenser par huit Grammy Awards. Du jamais vu encore en 1984. Depuis, les ventes de Thriller ont dépassé les 105 millions d'exemplaires. C'est le premier LP à franchir ce cap. Il est 37 fois disque de platine rien qu'aux USA.

Michael Jackson Thriller
Une chorégraphie et un blouson entrés dans la légende de la musique. ©Sony/YouTube

L'album est longtemps resté le plus vendu de l'histoire du disque, notamment grâce à un fort regain de popularité lors de la mort de Michael Jackson le 25 juin 2009. Depuis, il a été dépassé par le premier Best of des Eagles (Their Greatest Hits (1971-1975)). Cependant, ce qu'il convient surtout de retenir, c'est qu'il a hissé Michael Jackson au rang d'icône mondiale. Pari réussi et même plus que réussi pour le jeune Michael qui trône désormais sur la planète musique. Cependant, malgré le triomphe, l'artiste ne sera pas allé jusqu'au bout de son rêve, à son corps défendant. Thriller n'a en effet jamais bénéficié de la moindre tournée. Un comble ! Le chanteur en rêvait mais il s'est vu imposer le Victory Tour en compagnie de ses frères. C'était la goutte qui a fait déborder le vase. Lors d'un concert, Michael annonce au micro qu'il s'agit de sa dernière tournée avec la fratrie. Fin de l'histoire des Jackson 5, début du King of Pop, le roi de la pop.

Les petits secrets du clip de “Thriller”

Tout a déjà été dit et redit sur l’importance du clip de “Thriller” dans la musique et bien au-delà. Pourtant, il reste des petites histoires qui bien souvent sont occultées par la grande Histoire, à savoir le succès.

Saviez-vous qu’outre sa longueur totalement inhabituelle encore aujourd’hui, quatorze minutes, et son budget phénoménal pour l’époque, 500 000 dollars, le plateau où a été tourné le clip a accueilli du très beau monde ? Jacqueline Kennedy Onassis a montré le bout du nez pendant le tournage alors que celui-ci se déroulait dans un quartier pas très recommandable de Los Angeles. Marlon Brando est venu dire bonjour, tout comme Rock Hudson.

Michael Jackson Thriller
Un maquillage et des moyens techniques dignes d'Hollywood. ©Sony

En grand admirateur du futur roi de la pop, Fred Astaire a aussi participé à une répétition des chorégraphies de “Thriller”. Il se dit que Michael Jackson lui aurait même appris son pas fétiche : le moonwalk. Étrange car Fred Astaire est répertorié, au même titre que Cab Calloway, James Brown ou encore Charlie Chaplin, parmi ceux qui les premiers ont effectué un pas semblable, et ce, bien avant le roi de la pop. Ce dernier l’aurait appris d’un ancien danseur, Jeffrey Daniels. Il est donc faux de dire qu’il en est l’inventeur comme on l’entend souvent. Si l’on veut remonter à la source, c’est vers la France qu’il faut tourner le regard. Ce seraient le mime français Étienne Decroux (1898-1991) et le comédien et metteur en scène Jean-Louis Barrault qui auraient esquissé le mouvement les premiers.

Macho Michael Jackson ? Quelle drôle d’idée… Et pourtant. C’est le reproche que des mouvements féministes faisaient au futur roi de la pop avant que ne déferle sur les écrans le clip de “Thriller”. Il lui était reproché de ne jamais avoir de femme dans ses réalisations vidéo. “Thriller” corrige la chose avec la présence de l’ex-playmate Ola Ray qui crève l’écran. Ce n’était pourtant pas le premier choix du chanteur. Il avait flashé sur Jennifer Beals que l’on voit dans Flashdance. Mais celle-ci a décliné l’invitation. Pas sûr qu’elle ne s’en soit pas mordu les doigts…

Dans l’imagination collective, Thriller, c’est un Michael Jackson posant langoureusement dans son costume blanc sur la pochette du disque, les damiers qui s’éclairent dans le clip de “Billie Jean”, la chorégraphie de “Beat It” qui rappelle West Side Story, une armada de zombies plus vrais que nature et un blouson… rouge. Celui du clip de “Thriller”. Pour la petite histoire, il s’agit d’une trouvaille de Deborah Nadoolman, la femme de John Landis, le réalisateur de la video. Elle n’imaginait probablement pas que la veste en question deviendrait iconique, tout comme la panoplie d’Indiana Jones constituée de son cuir brun, son chapeau et son fouet. C’est elle aussi qui a trouvé le look de l’aventurier incarné par Harrison Ford.

Il paraît enfin qu’au moment d’enregistrer son tonitruant solo de guitare pour “Beat It”, Eddie Van Halen, qui n’a pas touché un sou pour sa prestation, aurait littéralement mis le feu aux haut-parleurs du studio…