Musique / Festivals

On savait les jeunes metteurs en scène enthousiastes et bourrés d’idées (voir l’entretien de Julien Lubek et Cécile Roussat par Nicolas Blanmont, parue vendredi dernier), cela ne voulait pas encore dire qu’ils maîtriseraient cette "Flûte enchantée" de Mozart, touffue, multiple, cryptée, dans laquelle tant de metteurs en scène se sont déjà fourvoyés. Si tout n’est pas (encore) parfait dans la production présentée depuis vendredi à l’Opéra de Liège, la réussite est bien au rendez-vous.

L’idée de départ n’est pas neuve : l’attaque du serpent est un cauchemar de Tamino, et tout le reste en découlera Plongé dans une chambre tristounette où de petits marquis lutins mettent le héros au lit (action de scène accompagnant l’ouverture), le spectateur rentre donc progressivement dans le rêve du héros : malgré les impressionnants dispositifs du décor (Elodie Monet), la matérialité de la scène s’estompe, l’imagination s’envole, l’impossible devient une réalité accessible, tour à tour inquiétante et séduisante, le merveilleux opère. Un merveilleux lié à l’enfance - il n’y aura pas d’investigation initiatique ou philosophique, n’était l’omniprésence des livres - et, par là même, totalement ouvert. Avec quelques petites touches subversives, comme celles dénonçant la misogynie candide [?] des dialogues. Pour y arriver, les metteurs en scène ont embarqué leur plus fine équipe, dans laquelle mimes, acrobates, funambules s’occupent à construire le rêve collectif, avec grâce et drôlerie, de façon parfois trop démonstrative, ou gratuite - ce sera la seule réserve.

Venant du monde du mime et du cirque, Julien Lubek et Cécile Roussat ont aussi l’oreille fine, réservant aux "airs" de l’emblématique Singspiel des plages favorables à l’émotion proprement musicale.

Cette dynamique essentielle entre le comique et le sublime, faillit pourtant s’enrayer tant la direction de Patrick Davin (qui, notons-le, fut le lien entre les metteurs en scène et l’ORW) se révéla "sévère" le soir de la première. Ouverture tonique mais objective, tempos à la fois trop rapides et peu porteurs, sans possibilité d’abandon, sans ouverture à la tendresse, à la surprise, à l’émotion, et payés de quelques accrocs à l’orchestre. A la décharge du chef, une pluie battante crépitait sur la couverture du chapiteau (le Palais Opéra est une structure provisoire), couvrant parfois même la voix des chanteurs

Quant à la distribution, justement, elle est inégale : malgré une voix très corsée pour le rôle, Magali De Prelle campe une excellente Pamina et Clémence Tilquin cartonne en Papagena, bref écho (magnifié) du Papageno charmeur de Mario Cassi; Michael Spyres, Tamino, atteste un timbre riche et noble mais aussi quelques problèmes techniques. Le casting de la Nuit - Reine, Dames, Monostatos - est défaillant, notamment en puissance; et les graves d’Ethan Herschenfeld (Sarastro de belle allure) sont inaudibles. Par contre, Roger Joakim (Sprecher), Xavier Rouillon et Arnaud Rouillon (les prêtres) et les Knaben (membres de la maîtrise) sont épatants.

Au Palais Opéra de Liège, jusqu’au samedi 23 octobre. Info : 04.221.47.22 ou www.operaliège.be