La fin de l’après-midi était douce, lundi, du côté de Dessel. Le calme avant la tempête… Depuis 14h, dans une longue et lente procession tout de noir vêtue, les fans d’AC/DC convergeaient tout sourire vers le pied du podium. Celui du Graspop, où nombre d’entre eux participaient à la fête ici même il y a à peine une quinzaine de jours. Ils étaient 50.000 à s’être déplacés en ce début de semaine, venus des quatre coins du plat pays pour s’extasier sur les mouvements de phalanges d’Angus.

Entamée au festival Coachella le 10 avril dernier, le "Rock or Burst Tour" fait suite au disque du même nom, le 16e pour l'icône australienne aux 200 millions de plaques vendues. L'incontournable "Back in Black", sorti lui en 1980, est d'ailleurs le 3e album le plus écoulé de l'histoire des musiques populaires, derrière le "Thriller" de Michael Jackson et "Dark Side of the Moon" de Pink Floyd. Une tournée mondiale d'une cinquantaine de dates, dont la moitié programmées sur le Vieux Continent, où la bande est toujours très prisée. En Allemagne par exemple, 300 000 sésames ont trouvé acquéreurs en 77 minutes. Qui a dit que le rock était mort ?

Changements d'effectif

AC/DC, c'est plus que deux accords, plus que des notes et des décharges électriques. C'est un style de vie, une philosophie, une esthétique virile et explosive, des éclairs, des cornes et de la pyrotechnie... Sous une gargantuesque arche cornée, nos hôtes déboulent en scène et entament 120 minutes d'énorme débauche d'énergie. Trente-cinq ans que l'Anglais Brian Johnson (67 ans) effrite sa voix rocailleuse dans le micro (depuis la mort du chanteur et parolier originel Bon Scott, noyé de nuit dans son propre vomi), quarante-deux que l'Ecossais Angus Young (60 ans) se taille les ongles sur les cordes de sa Gibson.

Son frangin Malcom Young, ex-guitariste et véritable âme du groupe désormais enfermé pour démence, a dû quitter le navire l'an dernier. Le batteur Phil Rudd, accusé par la justice néo-zélandaise (mais depuis disculpé) d'avoir proféré des menaces de mort et commandité l'assassinat de deux hommes, n'est pas du voyage lui non plus. A l'arrière, Cliff Williams à la basse et "l'autre guitariste" Stevie Young (neveu d'Angus et Malcom, fraîchement débarqué, qui avait déjà assuré l'intérim en 1988, pour permettre à tonton de se "désalcooliser") ne déméritent pas, tandis que c'est le revenant Chris Slade qui pilonne les fûts comme un métronome.

Angus pour la vie

Heu-reu-se-ment, il y a Angus (Aaaangus). La star, depuis toujours, c'est lui. Et le voilà qui entame de ses sautillements caractéristiques son traditionnel marathon. Clopin-clopant dans son éternel costume d'écolier. S'il est le plus petit guitar hero de l'histoire du rock – 1m 57, soit 1 centimètre de moins que Prince – , il est peut-être l'un des plus grands. Ou du moins le plus impressionnant. Dans son sillage, les tubes interplanétaires s'enchaînent, de "Back in Black" à "Thunderstruck" en passant par le grivois "You Shook me all Night Long" et un "Hells Bells" tonitruant.

Certes, on sent la pression, mais on regrette aussi quelques temps morts, courts mais nombreux entre les morceaux. D'aucuns disent qu'ils servent au guitariste en culotte courte pour prendre des shoots d'oxygène lorsque ses poumons brûlent (il souffrirait d'une sorte d'encéphalopathie spongiforme). Qu'importe, le natif de Glasgow fait le show et taquine sa guitare de la cravate. Il y a d'abord Angus en veste et casquette, puis Angus chemise fermée, Angus chemise ouverte et enfin Angus torse nu...

Pendant ce temps-là, Johnson poursuit la torture de ses cordes vocales et le détonant "TNT" est repris en cœur par la chorale populaire. Sur les planches atterrit une énorme poupée gonflable au look burlesque, les bras tatoués et les bonnets D débordant de billets. Le public en prend plein les yeux (pour être poli). Dans la nuit tombante scintillent des milliers de cornes rouges estampillées AC/DC (ces gars sont les rois du merchandising). Et Angus d'entamer un ultime et interminable solo sur une sorte de catwalk surélevé. Une véritable démonstration ponctuée d'explosions de cotillons. On nous l'avait dit : à côté de lui, Jack White passerait pour un joueur d'accordéon.

Ne reste plus au groupe qu'à asséner trois dernières banderilles dans le dos de fans, à leur cause, déjà tout acquis... Ce sera "Let There Be Rock" d'abord, puis "Highway to Hell" dans les flammes et "For those about to Rock (We salute you)" conclu par un feu d'artifices. Vingt morceaux pour 2h de show. Quand il est aussi fier, le rock est tellement beau.