Qu’est-ce qui est petit, blond et rebondit dans tous les sens ? Un poussin sous ecstasy ? Possible, mais, dans ce cas-ci, le poussin hurle dans un micro, s’agite devant une audience dégoulinante de transpiration, et partage la scène avec trois musiciens arborant fièrement d’abominables coupes "mulet". Bienvenue dans le monde merveilleux d’Amyl & The Sniffers, le groupe punk le plus excitant du moment, sorti d’Australie il y a quatre ans. En 2016, vingt ans au compteur et aucun plan de carrière en tête, Amy Taylor se tue à la tâche dans un supermarché de la banlieue de Melbourne. Entre deux services au rayon boucherie, la demoiselle vide de grandes bières au pub avec l’engouement d’un biker, met des claques à quiconque l’approche à moins d’un mètre, et pousse la chansonnette quand suffisamment d’alcool coule dans les veines. Rideau ! Fin de l’histoire, somme toute assez banale.


Si ce n’est qu’il y a, évidemment, un twist. Quand elle rentre chez elle, en fin de soirée ou en début de matinée, Amy retrouve ses colocataires : Bryce Wilson et Declen Martens, batteur et guitariste de leur état, écumant eux aussi les pubs, pour y jouer et payer leur loyer. On ose à peine imaginer l’état de l’appartement de ces trois-là, qui décident un beau soir d’aller jammer ensemble. C’est l’étincelle sur la rivière de kérosène. Le son crade et rock’n’roll "Made in ACDC" des deux gaillards porte à merveille la voix criarde d’Amy, qui ressuscite Iggy et ses Stooges en y ajoutant une couche d’urgence et d’intransigeance. Un EP sort la même année, un autre quelques mois plus tard, puis un premier album en 2019.


Il faut bien trouver un nom de groupe, alors les trois amis agrémentés d’un bassiste penchent pour une drogue légale : le nitrite d’amyle, mieux connu sous le nom de "poppers", qui se sniffe, vous fait planer pendant trente secondes, avant de vous infliger un sérieux mal de crâne. L’expérience est éprouvée, le terme, idéal pour désigner une formation dont l’album de vingt-neuf minutes se décline en concerts supersoniques d’une demi-heure, vous relâchant, in fine, totalement lessivé.

Relativement discrète, jusqu’ici, Melbourne s’impose depuis quelques années comme La Mecque du rock indé. Quelques-uns des meilleurs groupes du moment comme The Chats, et surtout King Gizzard & The Lizard Wizard en sont issus. Bien implantés, ces derniers ne passent pas à côté de la petite Taylor, qu’ils emmènent sur leur tournée américaine en 2019, où les deux formations triomphent. Pour quelqu’un qui n’avait aucun plan de carrière, le planning reste simple : jouer, tourner, boire, dormir, jouer à nouveau.


Amyl et ses Sniffers ravagent le Botanique de Bruxelles, Het Bos à Anvers, et gagnent un aller simple pour Rock Werchter. Seule une pandémie mondiale pouvait arrêter la petite blonde platine au style volontairement rétro. Après deux années d’incessantes tournées, le quatuor doit rester cloîtré. D’autant que Melbourne s’est récemment mise à reconfiner. Pas moyen de les joindre, Amy peut "éventuellement" répondre à quelques questions par mail, Dec se porte volontaire pour faire une interview, qui n’a finalement jamais lieu. On retrouve le groupe sur Internet où il diffuse en direct un concert à domicile survolté. "Amy est restée chez elle trop longtemps", s’amuse un internaute dans un commentaire sur cette débauche manifeste d’énergie. Le jour où la demoiselle sera remise en circulation, planquez-vous… ou courez la voir.