L’accès à la scène pour les artistes émergents peut s’apparenter à un parcours du combattant. Pour contre le phénomène, Un-Mute organise des festivals pour les mettre en avant.

L’angoisse pour les jeunes artistes : jouer pour une salle vide ou devant un public clairsemé. Etre capable de rameuter des spectateurs et dépasser le cercle des amis et de la famille n’est pas aisé. Mais pour expérimenter cette inquiétude, encore faut-il avoir accès à une scène. "J'ai eu beaucoup de difficultés à booker des salles intéressantes", se souvient Pierre Blackman, musicien semi-professionnel. Suite à ce constat, il crée l’ASBL Un-Mute en 2018 qui se charge de la promotion des artistes émergents en organisant des festivals collaboratifs par financement participatif. Collaboratif, car les artistes travaillent ensemble pour remplir la salle et participatif, car les tickets vendus en amont assurent le maintien de l’événement. Pour le fondateur du projet, ce système permet de se différencier des autres tremplins qui s’organisent généralement sous forme de concours où les artistes sont en opposition.

Jusqu’au 29 septembre prochain, les artistes intéressés peuvent déposer leur candidature. Quelques critères sont néanmoins imposés : disposer d’un clip vidéo et de deux morceaux studio et être capable d’assurer un concert de 40 minutes avec un minimum de 60 % de compositions originales. Au total, le festival, qui est prévu pour mai 2020, accueillera plus de 36 artistes sur un week-end qui seront répartis selon les styles musicaux. Les participants doivent vendre au minimum 50 tickets chacun pour que l’événement ait lieu. "Cette démarche-là nous assure d'avoir un public présent. Le fait de mobiliser un public fait partie de job de l’artiste dans tous les cas. Il va devoir le faire pour cet événement mais c'est un travail qu'il va devoir faire tout au long de sa carrière", souligne Nora Belhadi, responsable presse de Un-Mute.

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Pierre Beaulieu, multi-instrumentiste de 26 ans, a participé plusieurs fois au projet. Avec son premier groupe, Kaméléon, ils ne sont cependant pas allés au bout de la démarche. "Certains membres du groupe ont estimé que ça n'allait pas nous servir et n'étaient pas à l'aise avec l'idée de mettre en vente des places pour notre public". La formation préfère en effet rester en autogestion et passer par le monde associatif et des initiatives engagées plutôt que de reproduire un système qui désavantage les groupes qui ont moins de réseaux. Son second groupe, The Chord Strikers, était, lui, plus ouvert à cette opportunité et a participé à l’une des éditions. "Les conditions étaient très professionnelles, on sentait qu'il y avait énormément d'investissement personnel qui avait été mis. On a été super bien accueilli, le son était excellent", indique le jeune artiste. Pas besoin de se transformer en démarcheur marketing agressif, "on reste dans notre fanbase déjà présente donc cela n'est pas contraignant finalement".

L’un des enjeux pour les artistes semi-professionnels est bien de dépasser leur propre fanbase s’ils veulent se faire connaître. Pierre Backman estime qu’il faudrait créer des salles pour permettre à ces artistes de se produire. "Mais pour que cela fonctionne, il faut aussi qu'il y ait un public qui soit intéressé par les artistes émergents. C'est un cercle vicieux. Il faudrait plus de canaux de découvertes et de promotion d'artistes émergents pour que le public s’y intéresse", constate le créateur d’Un-Mute. Pour assurer une meilleure visibilité, Taste, jeune rappeur bruxellois, considère qu’il faudrait organiser "plus d’open-mic et d’événements libres de participation pour donner accès à la scène". Il souligne que c’est un milieu où l’on se retrouve souvent seul. "Je pense qu’il serait très utile de créer plusieurs helpdesk et plateformes d’informations et organiser des workshops pour aider les personnes qui essayent de se lancer dans la musique à avoir plus d’accès à de la consultance sur les façons de constituer un dossier de presse et sur comment démarcher les salles".

Même son de cloche du côté de Pierre Beaulieu, il dénonce les difficultés techniques et étapes technocratiques pour accéder aux dossiers et aux financements qui peuvent bloquer certaines personnes. En plus d’une simplification de ces démarches, il souhaite plus d’accompagnement et de subsides de la part des pouvoirs publics. "Les artistes émergents ont besoin d'infrastructures, de pouvoir enregistrer de manière relativement correcte, pour se faire connaître et progresser", appuie le guitariste. En attendant des changements politiques, les jeunes talents locaux ne demandent qu’à être découverts, le temps d’un festival, par exemple.