Quelque 90 000 festivaliers, au total, ont rallié Les Ardentes, du 6 au 10 juillet, ont annoncé les organisateurs dimanche après-midi. Cela fait de 2016 une très bonne édition en termes de fréquentation – alors que celle-ci avait connu un net recul en 2015. Et ce, même en tenant compte du fait que le festival liégeois incluait, cette année, un cinquième jour – ce qui devrait rester un one-shot, soit dit en passant, sauf si “une opportunité spéciale” se présente. La cerise sur le gâteau des chanceuses Ardentes, qui fêtaient leurs dix ans, aura été la météo radieuse, inespérée après deux mois de drache et de grisaille. Le pic a été atteint samedi, jour où l’affiche emmenée par l’Américain Pharrell Williams a attiré 20 000 spectateurs et ainsi égalé le record liégeois : en 2014, un certain Stromae avait fait exploser les ardents compteurs.

Les Ardentes restent à Coronmeuse en 2017

Moins mémorable sera la journée de jeudi, où il a fallu composer avec trois annulations (Mac Miller, Little Simz, Young Thug).

Bonne nouvelle : le déménagement des Ardentes, dû à la construction future d’un écoquartier sur le site de Coronmeuse où le festival est installé, n’aura pas lieu en 2017 (ni même peut-être en 2018 et 2019, en fonction de l’agencement des travaux). “Notre volonté est de rester ici», indiquent Gaëtan Servais et Fabrice Lamproye, organisateurs. D’autant que «la nouvelle disposition du site est une révélation”. Le festival a été réaménagé pour intégrer un village foot mais aussi un espace artistico-interactif. Un “Wallifornia Park” que Les Ardentes entendent développer.


Notes jazz-funk sous le soleil

Dimanche, la journée aura été marquée, notamment, par les prestations de Snarky Puppy et Kamasi Washington. Deux de ces surprises dont Les Ardentes ont le secret. De ces artistes ni rap, ni rock, peu connus du grand public et de la grosse bande FM, que le festival prend le pari de programmer à côté des grosses machines. Des virtuoses du jazz ou du funk, adeptes du croisement des genres, qui se déplacent en combo bien fourni. Cette année, finalement, ce sont eux qui ont assuré le spectacle, se mettant en poche un public visiblement ravi de se frotter à - et danser sur - d’autres notes.

Mercredi, le trompettiste franco-libanais Ibrahim Maalouf avait ainsi fait vibrer une plaine noire de fans d’Indochine, en insufflant à sa base jazz-arabo-classique ce qu’il faut de rock et de funk. Dimanche, dans la halle, c’est Snarky Puppy, emmené par le bassiste Michael League, qui a emballé les festivaliers sur le coup de 18h30. Ce collectif de trentenaires basé à Brooklyn a fait mouche, et même le buzz, avec son jazz-fusion-funk-rock endiablé et son enthousiasme très communicatif. Ici, la setlist ne compte que cinq titres, mais les neuf musiciens présents (une bande de copains d’école, à la base) se font plaisir, prennent le temps de les développer, titiller et faire rebondir au gré de leurs humeurs et facéties. Même topo avec Kamasi Washington -cinq titres, des amis d’enfance- qui fait des vagues dans l’Aquarium en soirée avec ses sept compères (pendant que Future attire les fans de hip hop dans la plaine). Connu pour ses collaborations prestigieuses (Wayne Shorter, Herbie Hancock mais aussi le rappeur Kendrick Lamar), le saxophoniste américain a publié un album de jazz-funk très remarqué en 2015, «Epic». Dans son talentueux équipage se trouve notamment son père (à la flûte traversière) qui lui a transmis le virus musical, un pianiste qui fait ce qui lui plaît avec les compositions de Washington, deux batteurs qui se lancent dans un duel dantesque, et une chanteuse (Patrice Quinn) qui ajoute une note gracieuse, sensuelle, envoûtante à l’ensemble. Ebouriffant.