Tout le monde le sait désormais. Pour attirer à Liège quelques grands noms de la scène rap US cet été, les Ardentes ont mis la main au porte-monnaie. Et, à vrai dire, on leur en sait gré. Car, au final, les occasions sont rares en Belgique de pouvoir s'abreuver de hip hop made in Oncle Sam (si ce n'est au VK et, parfois, à l'AB).

Vendredi, si tous avaient le nom de Kendrick Lamar sur les lèvres, au lendemain d'un concert magistral du kid de Compton en bord de Meuse, nous fondions bien des espoirs sur la tête d'affiche du soir. A$ap Rocky, à peine 26 ans et déjà tout d'un grand. Natif de Harlem, Rakim Meyers fut ainsi prénommé car son paternel connaissait ses classiques hip hop. Quand ce dernier se fait coffrer pour trafic de drogues et, plus tard, quand le frère du rappeur est abattu dans un règlement de compte sur le perron de la maison familiale, A$ap se dit que c'est peut-être cette musique qui le sauvera. Riche idée s'il en est. Après deux mixtapes très remarquées, le jeune rappeur publiait un magistral premier disque en 2013 puis, tout récemment, un second dans la même lignée. Un des meilleurs albums de l'année, à n'en pas douter.

Pourtant, parfois, ça ne suffit pas. Même si l'on considère A$ap Rocky comme l'un des meilleurs espoirs de la scène rap internationale, chaque fois que nous avons croisé sa route nous fûmes déçus. Retard chronique, set bâclé, absence totale d'implication... La déception fut à la mesure de l'attente. Et, néanmoins, on y croyait... Peine perdue. Certes, pas vraiment aidés par les vétérans De La Soul – toujours excellents et cette fois particulièrement sous le soleil couchant – qui mettaient gentiment 20 minutes de retard au planning, le emcee new-yorkais se pointait comme une fleur avec une heure de retard.

Tout au long d'un set rikiki, A$ap usait et abusait de tous les travers du genre... Des backs envahissants d'abord, dans le brouhaha desquels se perdait la voix que l'on aurait aimé entendre. Gimmicks à outrance, onomatopées à gogo et medley de tubes légendaires compressés (House of Pain et consort), le gaillard nous a tout fait. Jusqu'à nous servir le "Smells Like Teen Spirit" de Nirvana, ultime preuve s'il en fallait du véritable hold-up auquel nous avons assisté. Après 40 minutes de mascarade, A$ap repart avec la caisse et le sourire. La plèbe n'a rien vu. On ne nous y reprendra plus.