Alors que le soleil se couche doucement sur le parc Astrid et les rives de la Meuse, le bilan de cette deuxième journée est un peu mitigé. Si tout commençait sous les meilleurs auspices et un soleil inespéré pour la venue de Woodie Smalls dès 14h, une mauvaise nouvelle allait rapidement nous faire déchanter. Young Thug, héraut du rap game 3.0 s'il en est, déclarait forfait. Le prodige d'Atlanta, "souffrant", a décidé de rentrer au bercail, à notre grand regret. Avec l'annulation de la rappeuse britannique Little Simz annoncé plus tôt, et celui toujours pas digéré du sieur Mac Miller (qui lui décommanda toute sa tournée européenne), l'addition a du mal à passer.

Premier à chatouiller les cimes de l'applaudimètre, Georgio aura fait salle presque comble à l'ombre du bunker HF6. Si le jeune français a visiblement conquis son public, son rap par trop émotif ne nous a pas fait grand effet. Les fans de Fauve en quête de street credibilité devrait par contre y trouver leur compte. Dans sa foulée et à côté, dans l'obscurité de l'Aquarium, c'est un visage bien connu des fidèles ardents qui se présente au micro. Déjà présent ici en 2011 avec l'équipée alors méconnue 1995, Alpha Wann a depuis parcouru bien du chemin, à l'instar de son pote Nekfeu, devenu emcee superstar, qui clôturera dimanche soir cette onzième édition des Ardentes. On leur fit confiance très tôt par ici.

On est chez nous (air connu)

C'est l'incontournable Caballero qui joue ici les bacs de luxe, comme il l'a d'ailleurs fait sur la tournée hexagonale d'Alpha Wann (ci-contre). Doué mais pas charismatique, ce dernier a vu juste en enrôlant le Bruxellois qui insuffle au show la dose d'adrénaline nécessaire à allumer la mèche. Le public répond présent et ça secoue pas mal dans les premiers rangs au moment au résonne son "Pharaon Blanc". Puis, JeanJass, son complice de "Double Hélice" (leur récent album en tandem) débarque le temps d'une parenthèse efficace et très appréciée. Plus tard, l'imparable "Lunettes Noires" permettra à Alpha Wann de reprendre le show à son compte après avoir laissé les rennes à la clique de la capitale. Premier petit séisme. Gentil.

On avait pas mal d'attentes vis-à-vis de Thundercat (ci-contre), un des rares conviés à ne pas officier du côté hip hop de la force au menu ce jeudi. Stephen Bruner – de son petit nom – est un bassiste virtuose de Los Angeles qui, avec d'autres comme le saxophoniste Kamasi Washington (présent aux Ardentes ce dimanche), dépoussière le jazz de papa avec maestria. Pourtant bien entouré, le musicien californien n'est pas parvenu à nous garder à ses côtés plus de quinze trop courtes minutes. La faute à un son abominable dans cette antre bétonnée, certes difficile à sonoriser... Qui tremblait d'un bruit sourd à chaque corde de basse effleurée.

PNL sur un nuage

Avant que la nuit ne tombe et que le master chef Action Bronson nous mette enfin une claque à la mesure de nos ambitions, restait encore un gros morceau à avaler. PNL, superstar du nouveau hip hop français 100% vocodé, marche sur la grande scène. En l'absence de Young Thug, les frangins de Corbeil-Essonnes Ademo et N.O.S trônent en haut de l'affiche. Et vont donc se comporter comme des rois. En à peine deux ans et deux albums, le duo est devenu la coqueluche des jeun's de France et de Navarre, armé d'un rap lent et autotuné à la poésie désillusionnée, synthétique à souhait.

S'il ne nous ont jamais convaincus sur disque, et seulement à moitié visuellement (grâce à des clips très léchés), on attendait beaucoup de PNL en live. Mais le cœur n'y était pas. Sur les planches, les deux frères marchent de droite à gauche et se croisent sans élan, rappant un vers ci et là pour couvrir le playback. La foule est moins compacte que nous ne le pressentions, mais elle scande les couplets assez religieusement. Peu ou pas d'engagement, zéro lightshow, pas une note plus haute que l'autre... Les deux comparses ont un peu toisé les Ardentes, qui ne garderont pas de ce passage un souvenir mémorable. Vivement la suite...