Le matin de son troisième jour, le festival liégeois avait réussi un pari sur deux au petit jeu des têtes d'affiche hip hop. Car en dépit des efforts (financiers) consentis, c'est toujours la loterie. Si la star est capricieuse ou mal lunée, les gentils organisateurs se retrouvent bien mal lotis. Le fiasco signé A$ap Rocky la veille était heureusement amplement compensé par le concert impeccable de Kendrick Lamar, saluée unanimement jeudi soir. Restait Nicki Minaj, nouvelle prêtresse de la scène R'n'B internationale, dont Liège attendait impatiente de découvrir les courbes époustouflantes.

Dans l'après-midi, la foule se la coulait douce sous un soleil plus chaud que les deux précédentes journées. A l'ombre de l'Aquarium, Jeremy Earl (ci-contre) et ses complices de Woods confirmaient aisément leurs statuts de magiciens du folk psyché. Et l'on eut aimé ré-apprécier leurs précieuses ballades sous quelques rayons dorés. Nos envies de lumière nous conduisaient donc logiquement au chevet de Great Mountain Fire (ci-dessous), aux prises avec l'Open Air. En dépit d'un milieu de prestation un peu chaotique, le quintet bruxellois parvenait néanmoins à s'attirer les faveurs du public et offrait un joli final.

La Belle et la bête

Plus tard dans la soirée, tandis que les fans de Minaj trépignaient, une tête d'affiche d'un tout autre genre était conviée. Iggy Pop (ci-dessous), figure mythique de l'histoire du rock et gueule cassée du rock s'il en est, en a toujours sous le pied à 68 balais. Certes, l'énergie de l'iguane – qui semble toujours dépourvu de colonne vertébrale – a un peu décliné mais son déhanché reste intact. "No Fun" d'entrée, "I wanna be your dog" dans la foulée, "Lust for Life" plus tard ou encore "The Passenger" repris en cœur ont comblé. Malheureusement sans Stooges, mais pas trop mal épaulé, le sieur Österberg offrait aux Ardentes ce qu'elle étaient venues chercher : un bon concert best-of.

23h, l'heure de Nicki Minaj a sonné. Même s'il y aura un léger délai, dans les couloirs du hip hop, on peut difficilement l'éviter. Pourtant, quand la meneuse de revue entre dans la lumière, l'attente est aussitôt oubliée. En dix années, rarement l'antre bétonnée HF6 aura connu telle promiscuité. Le thermomètre est sur le moins d'exploser, et la tenue en transparence et légèreté de la diva ne va rien arranger. Un show à l'américaine, énorme, précis, carré... avec toujours un tantinet de playback, comme d'accoutumée. Mais quand notre hôte consent à rapper, elle fait l'unanimité.

Faux ongles, faux cils, faux cheveux, fausses fesses, faux seins (aucune certitude néanmoins sur ces deux derniers points), chez Onika Maraj – de son vrai nom – tout est outrance et excentricité. De l'épaisseur du make-up à la profondeur du pigeonnier. Si l'Américaine n'a pas amené la même garde-robe que récemment à Bruxelles, elle mime à l'envie les mêmes poses lascives qu'au palais 12. Au premier rang, on n'en a les joues rouges... Les enceintes déversent sur une audience consentante un flow incessant d'infrabasses et de décibels. Et les tubes s'enchaînent, des bombes rap surpuissantes "Did it On'em" et "Beez in the Trap" aux refrains FM hédonistes ou sexy de "Starships" et "Feeling Myself". Certes de réputation sulfureuse, Nicki était plus belle que vulgaire ce soir-là, et rayonnait d'un sourire XXL satisfait. De mémoire de festivalier ardent, on n'avait jamais vu un tel spectacle ici à Liège.