«What an amazing day !» lance Leo Condie, chanteur du groupe écossais White. Sourire aux lèvres, le public acquiesce. Il est 15h30, le soleil brille, une légère brise caresse la plaine liégeoise mercredi après-midi. Pas de boue à l’horizon, pas d’averse en prévision pour les cinq prochains jours. «Les dieux sont avec Les Ardentes» souffle notre voisine, qui, le week-end dernier, pataugeait dans la gadoue, la drache et les plans B pour accéder aux sites festivaliers.

Mambo et Indo-fans

Dans le Wallifornia Park, nouvel espace artistico-interactif 100 % relax, constitué de caravanes dûment réaffectées, on s’échange quelques blagues en écoutant des vinyles de mambo ou de jazz rétro, en se faisant prendre en photo sapé de frusques colorées ou en s’immergeant dans des imageries psychédélico-célestes. «Vous connaissez la dernière ? France-Galles va peut-être jouer dimanche» se marre un fan de foot qui se tâte encore pour le programme de ce soir, sur le coup de 21 heures : ballon rond ou rock glam (Portugal-Pays de Galles sur écran géant, ou Suede sur la grande scène) ? On raconte aussi que quelques fans du groupe Indochine ont débarqué dès lundi (deux jours avant le festival !) et posé leur tente à l’entrée du site.

Ah les fans d’Indochine. Depuis l’ouverture du site (dix heures avant ledit concert, programmé à 23h15), une centaine d’entre eux sont scotchés à la scène, vêtus de noir, grimmés de croix, parfois coiffés comme Nicola Sirkis, chanteur du mythique groupe français, qui revient aux Ardentes dix ans après leur première édition. Pour lui, le festival s’est étoffé d’un cinquième jour, certes plus léger (sept concerts, une seule scène).

Ibrahim Maalouf

En attendant que le noir se fasse, le public va en voir de toutes les couleurs musicales cet après-midi. Mais le rock efficace de White, l’électropop vitaminée du tandem belge Compact Disk Dummies, la pop hyperkinétique du groupe français Hyphen Hyphen et la musique sans frontières du trompettiste franco-libanais Ibrahim Maalouf (entouré de huit excellents musiciens) ont un point commun. Tous sont emmenés, chacun dans leur genre, par un chanteur/musicien qui se démène comme un beau diable sur scène. Ils ont déversé, dans l’air liégeois, une sacrée énergie, très communicative, idéale pour allumer la mèche ardente d’un premier jour de festival. On se demandait si Ibrahim Maalouf, avec sa musique instrumentale à la croisée du jazz, du classique et de la musique arabe, avait bien sa place dans cette affiche pop, en plein air, face à un public venu essentiellement pour Indochine. La réponse est tombée dès les premiers morceaux de son concert : trois fois oui. Le virtuose et ses compères (dont le pianiste Eric Legnini) ont, simplement, tous les ingrédients pour emballer une plaine festivalière: un énorme talent, de la spontanéité et du charisme, et ce qu’il faut d’accords rock, soul et funk pour faire décoller le tout.