Transformé en saule multicolore, l’énorme platane qui borde la scène extérieure des Ardentes peut en témoigner : le festival liégeois, qui fête cette année ses dix ans, a reçu son lot de serpentins et confettis, mercredi soir. Indochine en a copieusement arrosé la plaine durant son concert d’une heure trente qui clôturait la première journée. Comme de coutume, le groupe français, fort de 35 ans de carrière, a fait vibrer -à des degrés variables- les 17.000 festivaliers présents. Les uns totalement acquis à sa cause quoi qu’il arrive (les grands fans d’«Indo» sont comme ça, et cela se transmet de père en fils manifestement), d’autres venus pour se replonger dans les tubes pop qui ont marqué leur adolescence, et passer un bon moment en compagnie d’un groupe connu pour sa grande capacité à communi(qu)er avec son public.

Entre Indochine et Les Ardentes, quoi qu’il en soit, c’est un beau roman, une belle histoire : Nicola Sirkis et ses compères étaient déjà là en 2006. «Ils ont permis le lancement des Ardentes, on peut le dire, d’une manière significative», rappelaient les organisateurs du festival, le matin même sur les ondes de la RTBF. La météo est (oh miracle) au beau fixe, de surcroît, et cette fois, le foot n’interférera pas avec le concert. En 2006, la finale France-Italie - que perdit la première - avait quelque peu chamboulé l’organisation de la soirée dans la plaine.

Bon "Baiser" d’Indochine

Pas d’histoire de coup de boule (ah Zidane!) sur toutes les lèvres cette année, donc, au lancement du concert, mais un opportun «Baiser» glissé dans une intro crescendo. La mise en scène est simple (on est loin du grand spectacle «Black City Tour» au stade de France). Le fond de scène est tendu de tissu blanc servant d’écran géant. Le concert alterne projection d’images -de clips notamment- et jeux de lumières relativement classiques. Mais la diffusion, à l’envers et en accéléré, de la puissante vidéo de «College Boy» réalisée par Xavier Dolan (dénonçant l’homophobie), fait son petit effet. Pour le reste, ce sont donc les canons à confettis et gros ballons qui relancent, de temps à autre, la machine Indochine. On mentirait si on disait qu’elle est parfaitement huilée ce soir : la sonoristion accuse des faiblesses, la voix de Nicola Sirkis apparaît un peu lointaine (et accessoirement le chant pas toujours juste dans le grave). Ses interventions sont parfois assez basiques : «Vous êtes très jolis à Liège !» lance-t-il dans la foulée du célèbre final «Eh ! Cette nuit dans ce lit tu es si jolie-ie-ie-ie» («Tes yeux noirs»). Il l’art de se mettre le public en poche, cela dit. En lui donnant l’impression d’être unique (même si, pour la petite histoire, la setlist est quasi identique à celle du premier concert festivalier donné en mai, en France). En se montrant proche de lui, en contact permanent, aussi - notamment grâce à une petite avant-scène. Et en n’oubliant pas de semer des tubes un peu partout dans sa setlist (voir ci-dessous).

Donnés en rappel, bardés de belles intros, «Trois nuits par semaine» et «L’aventurier» semblent inoxydables. «Miss Paramount» (ce petit côté rock’n’roll) et le medley diablement dansant introduit par un «Canary Bay» façon electro comptent parmi les moments marquants du concert. Autant de morceaux qui datent de 1983 et 1985... Mais n’est-ce pas dans les vieilles marmites...

© Michel Tonneau

Match difficile pour Suede

Auparavant, Suede, groupe-phare des années 90 quant à lui (resurgi avec panache en 2013), aura eu fort à faire pour captiver une assemblée surtout impatiente de retrouver Indochine. Le concert n’inclut pas de mise en scène particulière (juste quelques images projetées -ses pochettes de disques). Et le son, là non plus, n’est pas des mieux réglés (du genre saturé) : le chant aiguisé et parfois théâtral de Brett Anderson se noie souvent dans le flux de guitares. Difficile, dans ces conditions, d’apprécier à sa juste valeur le glam/britrock du groupe anglais. Dommage, car le très classe Anderson mouille sa chemise. «On est au pays de Jacques Brel, non ?», lance-t-il, espérant faire chanter le public sur «She’s in fashion» (version folk/crooner). Plus efficace sera «Beautiful Ones».


La setlist d’Indochine :

Intro

Le Baiser

Heroes (David Bowie)

Marilyn

Little Dolls

Punker

Miss Paramount

Le Lac

College Boy

Tes yeux noirs

J’ai demandé à la lune

June

Adora

Alice & June

Canary Bay, etc (medley)

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Trois nuits par semaine

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L’aventurier