Ici aux Ardentes, et dans tous les couloirs où résonnent des notes à Liège depuis une décennie, vous croiserez sa silhouette. Imposante et clopin-clopante. Une ombre qui, dans l'obscurité, pourrait même un rien effrayer, mais dont le regard doux et le sourire en coin, une fois dans la lumière, ont tôt fait de rassurer. Dans les parages, le sieur Houcmant est la star parmi les stars. Celui qui les croque toutes. Il connait les coulisses du festival liégeois comme sa poche. Et s'y balade sur sa mopette comme on se promène au village. Distillant un salut après chaque série de cinq pas.

"La Libre Belgique! Ça va faire plaisir à ma maman... Une lectrice abonnée depuis des lustres, tout petit j'ai été baigné à la Libre. Mais je parle de l'époque où c'était encore un journal catho."

Édition liégeoise évidemment. Car l'ami Dominique est pur produit des bords de Meuse. Born and raised dans la cité Ardente comme on dit en Wallifornie. "En 1962, donc j'ai 52 ans, c'est ça?" Lui-même ne tient plus le compte. Mais le rock ça conserve. Et en dépit de quelques articulations rouillées, l'homme est sans âge. Une force de la nature à la barbe mal taillée et au regard affuté.

On le surnomme Goldo. Son avatar dans la clandestinité. cause des Gauloises que je fume, en argot parisien on disait des goldos. Et parce que je jouais (mal) au basket (lisez «baské»). Mes coéquipiers disaient que je montais à l'anneau comme Goldorak. Quand il a fallu choisir un nom de société pour mon activité, je n'avais aucune idée. C'est devenu Goldographisme. C'est désormais acté dans les registres de commerce liégeois. " S'il a aujourd'hui acquis le clic qui fait mouche, ça ne fait que dix ans qu'il tâte de l'objectif. "J'ai fait les beaux arts en peinture. Puis bossé comme graphiste indépendant. La vie a fait que j'ai repris l'appareil à défaut du pinceau. J'y retrouvé l'envie d'être créatif (...) D'abord à la Soundstation car j'étais ami avec Fabrice (Lamproye, organisateur des Ardentes, ndlR.). Avec un tout petit appareil. Qui depuis a grossi. Quand Les Ardentes ont été lancées, j'étais aux premières loges." Propulsé photographe officiel de l'endroit. Et plus tard de Ronquières et du Festival des Solidarités. Une bonne situation pour son corps de métier. Il le sait. Pour nombre de ses collègues, c'est la galère. "La presse de veut plus payer les vrais clichés. On met un petit appareil autour du cou des journalistes et l'on peut s'en passer. La qualité s'en ressent. Je me souviens de Libé dans les années '70: la Une, tous les jours, c'était une photo plein pot. Ça avait une autre allure..."

Ça fait neuf éditions qu'il voit tout. Et des anecdotes, il en a à la pelle. Ayez confiance, l'animal est discret. Voleur d'instantané et de magie. Plutôt artiste que paparrazzi. "Le souvenir le plus marquant, c'est Bashung en 2008. Tout le monde pleurait. Ou des trucs rigolos: Ben Harper, complètement saoul, qui s'amusait à me servir des bières..." Quand on vous dit que c'est lui le boss, le taulier... "C'est ça, je suis le parrain des Ardentes".