La popstar italo-américaine a livré vendredi soir à Anvers une prestation irréprochable mais qui manquait d’authenticité et de relief.

Des mesures de sécurité exceptionnelles ont été prises à l’occasion de la venue de la popstar américaine Ariana Grande dans l’enceinte du Sportpaleis à Anvers. Aucun sac n’est autorisé, à moins que celui-ci ne soit totalement transparent. Une démarche spécifique et rare demandée par l’artiste depuis que l’un de ses concerts a été la cible d’un attentat terroriste. C’était il y a deux ans, à Manchester, 22 personnes y ont perdu la vie.

Depuis cet événement tragique, elle souffre de stress post-traumatique et subit des crises d’angoisse régulières. Pour cette raison, elle a préféré annuler sa rencontre avec les fans prévue avant le concert. Les mouvements de foule devant l’entrée de la salle n’ont certainement pas du aider la situation. Malgré l’agitation, Ariana Grande a enfilé ses talons de douze centimètres et est venu faire le show. Une preuve de sa résilience et de son envie d’être au plus proche de son public avec ce "Sweetener Tour", première tournée mondiale depuis la fusillade.

Apparition divine

Le duo américain Social House et la britannique Ella Mai se sont chargés de chauffer le public avant l’arrivée de la reine de la soirée. Sous le coup de 21h20, le spectacle s’ouvre sur une recréation du tableau La Cène de Léonard de Vinci sur laquelle elle interprète le titre "God is a Woman", issu de son quatrième album, Sweetener, sorti en 2018. Quatre musiciens et une dizaine de danseurs l’accompagnent sur scène. La scénographie est plutôt minimale, composée d’un écran dans lequel est intégré une demi sphère qui va tour à tour prendre les traits d’une boule de cristal, de la lune ou d’un judas optique.

On s’attendait à une overdose d’effets, à une bombe calorique au goût bubble-gum. On en était loin. Ariana Grande joue plutôt sur la réserve pour une star de son ampleur. Seule une voiture rose viendra décorer les planches pour accompagner le tube "7 rings" qui sera tagué "Antwerp" pour l’occasion. Le spectacle est rondement mené, jamais dans la surenchère, l’attention est uniquement mise sur l’italo-américaine.

Un spectacle qui tient la cadence

L’artiste féminine la plus téléchargée en streaming et élue femme de l’année par la magazine américain Billboard en 2018, épate par sa tessiture vocale. Les vibes et envolées lyriques sont légion. Bien qu’elle prenne part à toutes les chorégraphies, sa voix ne s’essouffle jamais. Son petit gabarit d’1m53 impressionne. Elle chante avec une attitude revancharde, dominante et fière. Le répertoire de ses deux derniers albums, Sweetener et Thank U, Next est parcouru : "Break Up with your Girlfriend, I’m Bored", "Side to Side", "Dangerous Woman", "Boyfriend"… Les chansons sont rythmées, celles plus calmes sont laissés de côté.

La chanteuse de 26 ans réalise parfaitement la performance, pas un pas de côté, pas de place pour l’improvisation. Elle communique peu avec son audience, si ce n’est avec des "Antwerp, lets go !" ou des "I Love You". On regrette le manque de spontanéité et d’authenticité, l’ensemble parait aussi lisse que sa queue de cheval signature. Cette distance installée face au public semble être une barrière de protection. Sans doute se brisera-t-elle plus tard, avec le temps et la cicatrisation. Le concert se termine sur le fameux "Thank U, Next", sur lequel les fans s’époumonent. Un final haut en couleur, celles du drapeau LGBT brandi par la star et la troupe de danseurs. Ariana Grande veut transmettre à son public, des jeunes filles pour la plupart, son endurance, sa robustesse et l’importance de la confiance en soi. Une leçon bien apprise hier soir.