En matières musicales, il est désormais de coutume sur le net de courir après les clics. Avec les dérives que cela peut entraîner. Récemment, le géant de la vidéo Youtube a décidé de sévir sur la question en sanctionnant les contrevenants. Sa dernière victime est belge, originaire de Westerlo et nommée Natalia (Druyts). Une artiste pop de 32 ans, dont le succès des hymnes – assez nauséabonds – se cantonne fort heureusement au nord de la frontière linguistique. 

En Flandre, où elle termina deuxième de l'émission Idols (la "Nouvelle Star" version Vondel) en 2003, la demoiselle est une vedette. Une bekende vlaming qui a écoulé plus de 400 000 albums et attiré près d'un million de spectateurs à son chevet en concert. Néanmoins, dans le but non avoué de franchir cette barrière culturelle et, pourquoi pas, de s'exporter au-delà des limites du plat pays, la demoiselle aurait tenté une manipulation des chiffres...

Son dernier clip en date, l'éloquent "Boom" (que vous pouvez découvrir ci-dessous), a en effet été proscrit par Youtube et effacé de ses chaines. La vidéo avait engrangé un million de vues en une seule nuit. Un écho populaire trop fulgurant pour être honnête – quand l'on sait que les précédents travaux de la demoiselle plafonnaient à 250 000 – qui a mis la puce à l'oreille des tenants de la plateforme. Aiguillés, il est vrai, par la délation de Tom Helsen, autre collègue chanteur lui basé à Leuven. 

Jaloux diront certains ou soucieux d'équité diront d'autres, il fut en tous cas le premier à s'étonner de la chose. Dans sa foulée, les internautes ont pris le relais et, rapidement, la chanteuse et sa major Universal ont été pointées du doigt, soupçonnées d'être intervenues pour gonfler artificiellement les scores. Pour ce faire, des sites spécialisés proposent d'augmenter les vues sur Youtube ou les "j'aime" sur Facebook moyennant quelque menue monnaie. YouTubeBoost, par exemple, permet d'ajouter 100 000 vues pour 60€ à un clip.

Du côté d'Universal Music, on réfute toute implication. Natalia, depuis Los Angeles où elle séjourne actuellement, dément également et a même ironisé: "Si je pouvais contrôler internet, je pourrais dominer le monde, ce n'est malheureusement pas mon cas." Le dernier scénario envisagé est l'intervention d'un fan riche ou éperdu qui aurait voulu soutenir plus efficacement son idole. 

Comment ça marche?

Il suffit à l'internaute de définir quelques critères concernant le public visé, comme le genre, l'âge, la localisation, ainsi que quelques mots clés. Dans un second temps, l'internaute doit fixer le prix qu'il est prêt à mettre. Evidemment, plus ce prix est élevé, plus le nombre de vues sera important. D'après Virool, qui propose ce type de services, la campagne peut être mise en place en cinq minutes. Ensuite, des robots, généralement installés dans l'ancien bloc soviétique, prennent le relais en augmentant artificiellement le nombre de vues. Le procédé peut être progressif, en s'étalant sur plusieurs jours, ou être de type "one shot". Ce dernier est évidemment davantage visible puisqu'il gonfle les vues en une seule fois. 

Afin de contrer ces faux trafics, Youtube a pris certaines dispositions. Parmi celles-ci, le fait de bloquer le compteur de toute vidéo lorsqu'elle atteint les 301 vues. Le site de partage étudie alors la provenance des clics et peut rectifier les compteurs s'il constate une quelconque anomalie. 

Un autre procédé, légal cette fois, consiste à payer pour de la visibilité (on parle de quelques milliers d'euros). La vidéo est alors bien positionnée, via un système de "suggestions", sur Youtube. 

Il est également possible de placer du contenu "sponsorisé" sur d'autres sites, comme Facebook, pour quelques dizaines ou centaines d'euros. "Vraisemblablement, ce procédé est très efficace", confie, à LaLibre.be, un membre d'un groupe belge ayant eu recours à ce dispositif pour promouvoir un de ses clips. Ainsi, ses  "amis" Facebook sont en contact avec un encart "promotionnel" suggérant le visionnage du clip.