Aurélia, voyage halluciné et revigorant

Sophie Lebrun Publié le - Mis à jour le

Musique / Festivals

Huy, la Meuse, le pont Roi Baudouin, vendredi soir. Rive droite, la foire bat son plein. Rive gauche, des gens pressent discrètement le pas en direction du fleuve. La péniche Aurélia Feria abrite une petite salle de concert, qui fait office, cette année, de seconde scène pour le Festival d’art "musiques et voix du monde". Ce soir, ce sont les hôtes du navire qui s’y produisent, Aurélie Dorzée et Tom Theuns, avec leur compère Stéphan Pougin. Soit le trio Aurélia, fruit passionné de la rencontre entre une violoniste (hutoise), un guitariste (gantois) et un percussioniste (arlonais-bruxellois) aux expériences musicales plurielles : classique, rock, jazz, world et - leur port d’attache commun - trad. Depuis quatre ans, ils baladent leur musique inclassable, sur les fleuves et canaux, de ville en ville.

Gare à nous : on annonce que la péniche est peuplée d’araignées (il a suffi de deux jours de pluie et de fermeture du navire), et qu’un médicament contre le mal du roulis est à notre disposition. Mais, très vite, c’est la musique elle-même, vagabonde, tourbillonnante, déjantée, et cependant diablement mélodique, qui suscite l’irrésistible envie de se dandiner et laisser voguer son imagination loin, très loin. C’est sûr, ces trois artistes ont une sacrée araignée au plafond. Il est vrai que leur second album, inspiré de leur expérience batelière, est intitulé "Hypnogol" ("contraction d’hypnogogia - un état entre l’éveil et le sommeil - et de l’écrivain Gogol" explique Aurélie Dorzée) et se veut le journal d’un capitaine en proie à des hallucinations ("fixer sans cesse l’horizon balisé par deux lignes parallèles : il y a de quoi devenir fou "). Qui, de surcroît, se prend pour le plus grand chanteur du monde

Un violon et un synthé fantomatiques, la caresse d’une batterie émettant un bruit de vagues : le morceau "Les écluses" installe un décor énigmatique et onirique. Mais déjà, les cordes décollent sur "Barbapapa" et se pose la voix, d’abord grave et sérieuse, ensuite aiguë et affolée, du capitaine (Theuns), en allemand. Le voyage est ponctué de langues imaginaires et d’instruments (daf iranien, banjo, lutherie sauvage ). Il nous mène dans d’étranges histoires - introduites par le trio -, sur les chemins de fer chinois, auprès de Lisa Linn dans la steppe sibérienne, ou de fragiles cocons portés par le chant d’Aurélie Dorzée. En passant par une incursion chez Erik Satie ("Cnossienne") et un touchant hommage à Purcell et Arvo Pärt ("Let me").

Il plane sur cette joyeuse équipée un air de théâtre forain, de cabaret, et il en émane une énergie, un plaisir et un humour communicatifs. Revigorants.

Sophie Lebrun

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