Lundi, la soirée avait déjà commencé à 18h avec le Trio Suyana, mais c’est au Studio 4, bondé, que fut donné l’envoi du festival, avec le Concert olympique (en résidence à Flagey) placé sous la direction de son fondateur. Un orchestre héritier de la Beethoven Academie, fondée elle aussi par Jan Caeyers - chef d’orchestre, musicologue et chercheur passionné, formé notamment à Vienne - autant dire un des meilleurs ensembles européens pour la musique du maître de Bonn. Car c’est à Beethoven qu’est consacré le foisonnant Music Chapel Festival qui tient cette semaine sa 5e édition, en coproduction avec Flagey. Le programme - présenté avec éloquence par Jan Caeyers lui-même - s’ouvrit sur la Symphonie no 1, en do majeur, encore proche des canons de Haydn mais où, déjà, se font entendre de nouveaux accents. Disposé selon la répartition pratiquée à l’époque - avec les premiers et seconds violons encadrant les cordes graves, contrebasses en hauteur, séparées du reste par les vents - le Concert olympique se distingua par quelques qualités essentielles : vivacité, allant et transparence, rehaussés par les interventions nettes et colorées des vents. Si les cordes manquent un peu de brillance, elles ont le mérite d’être finement articulées et l’ensemble charme par sa vitalité, son naturel et son caractère (le style, c’est ça…).

Même survolté, Ashot assure

Deuxième pièce au programme, le Concerto no 3 (toujours de Beethoven), en do mineur cette fois, avec, en soliste, le pianiste arménien Ashot Khachatourian. Dégaine spectaculaire avec sa fine silhouette, sa redingote noire (col à paillettes et doublure rouge) et ses mouvements félins, le jeune musicien compte parmi les solistes accomplis de la Chapelle. Son jeu est nerveux, brillant, risqué mais sous contrôle, déployant des sonorités fluides et perlées, mais sans préciosité. Le ton est au romantisme, certes, mais celui de Beethoven celui de la post-révolution, marqué par la véhémence et le défi. Le passage du largo au rondo - durant lequel le pianiste ne relâcha pas la tension - ressembla à une subite montée au front, et la coda, à une ultime bataille avant la victoire. Le tout dans un "pianisme" souverain… La fin du concert renoua exactement avec les effectifs du début, mais pour une huitième symphonie bien éloignée de la première, et dans laquelle Beethoven avait poussé son langage aux limites du genre avant de le faire exploser dans la neuvième, atypique et définitivement hors jeu. Cette évolution, ces enjeux, cette fièvre toute prométhéenne, l’orchestre les partagea avec le public. Beethoven avait fait son entrée !

Avec Beethoven jusqu’à samedi

Le festival se poursuit jusqu’à samedi avec, au total, le concours de six orchestres, de nombreux ensembles de musique de chambre et des jeunes de la Chapelle. Notons pour ce soir, la présence du Quatuor Hermès, et de l’Orchestre de Chambre de la Nouvelle Europe, dirigé par Nicolas Krauze, avec le pianiste français Nathanaël Gouin en soliste. Jeudi, Beethoven cédera exceptionnellement le podium à Krzysztof Penderecki qui jouera sa propre Symphonie no 2, après avoir dirigé le Concerto pour violon (de Beethoven) avec Liya Petrova en soliste. Autres invités de marque : le baryton Dietrich Henschel, Maria-Joao Pires, qui jouera avec l’ONL, en récital et avec son ensemble Equinox, et Michel Tabachnik qui dirigera le Brussels Philharmonic dans l’Empereur (Julien Brocal en soliste) et l’Eroica.


-> A Flagey, jusqu’au 6 décembre. Infos : 02.640.10.20 ou www.cmre.be ou www.flagey.be