Musique / Festivals

A l’heure où paraît la monumentale intégrale de ses enregistrements officiels, Bob Dylan était à Forest National dimanche soir. Avec lui, il faut s’attendre à tout, et parfois au pire, tant il a longtemps semblé vouloir bousiller son répertoire à l’arme lourde. D’où une certaine difficulté à remplir une salle pourtant largement à la portée d’un des génies contemporains.

Mais le millésime 2013 du "Never Ending Tour", la tournée sans fin entamée le 7 juin 1988, est un grand cru. Avant tout, parce que l’on a retrouvé Bob le chanteur. Eh oui, il chante, et en plus, il chante "bien". Enfin, tout est relatif chez celui qui bouscule les canons esthétiques depuis cinquante ans. Dans les graves, cette voix reste rocailleuse comme le lit d’un torrent de montagne. Mais elle s’éclaircit au fur et à mesure qu’elle monte et que le concert progresse. En 2013, Bob Dylan s’est remis à chanter, et ça, c’est la bonne nouvelle.

Par contre, n’attendez pas de lui qu’il cause. Excepté un "Merci les amis" en fin de première partie, Bob Dylan n’a rien d’un causant. A part celle centrée sur sa musique et sur sa poésie ouverte à l’interprétation, la communication n’est pas son fort. Pas de photographe, pas d’écran, pas de projecteur "poursuite" : il aime pas être poursuivi, le vieux Zim, et il se complaît dans l’ombre. La plupart du temps, les lumières sont tamisées, dans des tons allant du sépia au brun cuivré. Ambiance caberdouche de l’East Texas, vous savez, celui où il pleut tout le temps et où il vaut mieux se réfugier dans la bonne zique et le Southern Comfort.

Non, Bob Dylan n’est pas un causant. Il ne présente même pas ses excellents musiciens, le guitariste Charlie Sexton en tête, et qui donnent cette couleur country rockabilly blues au concert. Musicien profondément étasunien, Robert Allen Zimmerman a inventé et popularisé un country-rock certes pas à danser - faut pas trop en demander -, mais qui swingue bien. Dimanche soir, la musique roulait bon train.

Et quelle musique !

A part le chef-d’œuvre "Tangled Up In Blue" ("Blood On The Tracks", 1975), toutes les chansons sont récentes, d’après 2000 pour la plupart, dont la moitié de "Tempest", dernier album en date. Dylan croit en sa création récente, et il a raison : ce concert sans hit jusqu’aux rappels ("Whole Along the Watchtower" et "Blowin’in the Wind") est un superbe moment de musique, soulevant l’enthousiasme d’un public que, maintes fois, l’on a vu sortir frustré d’un concert de Dylan.

Qui, s’il chante, a laissé la guitare au vestiaire pour jouer du piano debout. Et ce qu’il envoie à l’harmonica n’est pas triste non plus. Ah ! s’il pouvait être comme ça à tous les coups… Mais avec lui, on n’est jamais sûr de rien; c’est ce qui fait une partie de son charme de pistolero musical.


La set list Bob Dylan à Forest National