BSF : Onze mille personnes place des Palais

Le Brussels Summer Festival a débuté vendredi. Chacun à sa manière, les artistes à l'affiche _ The Feather, Skip the Use, Patti Smith ou M – ont secoué le public.

Marie-Anne Georges

Le Brussels Summer Festival a débuté vendredi. Chacun à sa manière, les artistes à l'affiche _ The Feather, Skip the Use, Patti Smith ou M – ont secoué le public.

"On est quand même au mois d'août, on n'en a rien à branler de la pluie potentielle". Sur le coup de 19h30, Mat Bastard, leader du groupe français Skip the Use donne le ton, vendredi soir, lors de la première journée de la 13e édition du Brussels Summer Festival. C'est vrai, finalement, mieux vaut se désintéresser de ces nuages maudits qui hantent les nuits des organisateurs de festivals en plein air. La journée avait plutôt mal commencé quand, dès potron minet, le ciel s'était déchaîné. Rebelote à midi. A 18h, pourtant, un micro-climat s'est installé au dessus de la place des Palais. Il revenait au groupe belge The Feather d'assurer l'ouverture. Thomas Médard et ses acolytes termineront leur set avec « Invisible » - ce qu'ils ne furent pas - , titre éponyme de leur dernier album. Sa pop atmosphérique a permis au festival de commencer tout en douceur. Le soleil a même dardé la scène de quelques rayons bienvenus.

"Ca va là dedans?, j'entends rien " répète cinq fois Mat Bastard, histoire de secouer le public qui ne réagit pas assez à ses invectives. Sous sa houlette, ça déménage, le chanteur charismatique de Skip the Use habite la scène et se l'approprie. Onze mille personnes sont attendues sur la place des Palais - la première date est sold out. Attiré par le set énergique du groupe originaire du nord de la France, qui vient de sortir un 3e album « Little Armageddon »,le public commence à remplir la place. La musique des cinq potes mélange assez habilement le punk, le rock et l'electro, le tout mâtiné de ska aussi. De son chant nasillard, le gaillard prône la tolérance face à "tous ces haineux qui veulent vous faire avoir peur". Il tutoie parfois le public, histoire de se rapprocher encore plus de lui et arrivera à faire s’accroupir l'assemblée avant de la sommer de se relever d'un coup.

"Et après c'est qui?" questionne une jeune femme à la fin du concert. "Patti Smith" lui répond son amie. "Je crois que c'est pas mal, Patti Smith" entend-on. De manière générale, on reproche aux festivals leur côté trop festif. Les gens s'y rendent entre amis pour écouter d'une oreille les artistes. Si parfois, cela peut amener à faire découvrir des artistes, c'est déjà ça, comme dirait le chanteur. Tout le monde ne connaît donc pas cette immense artiste qu'est la chanteuse Patti Smith! En voilà une qui n'a de leçon à recevoir de personne. « One, two »: l'Américaine de 67 ans entame « Dancing Barefoot », chanson intemporelle extraite de son 4e album, « Wave », sorti en ... 1979. "Hello Everybody " salue-t-elle. Frissons dans les premiers rangs. Au-delà? On l'espère aussi. C'est qu'elle est magnétique Patti Smith. Bonnet en laine grise vissé sur la tête, regard franc, elle est entourée de trois musiciens jouant parfois tous de la guitare, dont le fidèle Lenny Kaye – ancien membre du Patti Smith Group de 1974 à 1979 et à ses côtés depuis le retour sur scène de Patti Smith en 1995.

Le public est aussi composé de fans -et on ne les reconnaît pas qu'à leur âge respectable; il faut voir la jeunesse chanter par coeur certaines paroles de ses chansons. De prestation en prestation, Patti Smith ne reproduit pas la même setlist. Les inconditionnels qui étaient à Lokeren mercredi soir s'en seront rendu compte. A Bruxelles, elle gratifie le public d'un « April Fool », issu de « Banga », le premier album de chansons originales de la chanteuse américaine depuis huit ans, où elle renoue avec le meilleur de ce qu'elle ait produit - rien moins que son premier album « Horses », sorti en 1975.

Patti Smith dégage une incroyable intensité quand elle chante. Que ce soit quand elle délivre, sur un mode plus incantatoire, « My Blakean Year » où elle appuie sur des mots si importants et trop souvent bafoués comme « mercy », « peace », « beauty ». Elle croit toujours autant en ce qu'elle chante. "People, we are free " lancera-t-elle aussi. Nous ne sommes pas en 1830 à la Monnaie après une représentation de « La muette de Portici », mais en 2014 place des Palais, juste à côté du Palais royal. Alors que la nuit tombe, elle interprète « Because the Night », qu'elle dédicace à Fred Sonic Smith, son mari décédé en 1994. Quand surgit « People have the power » ou « Gloria », elle nous surprend toujours autant par sa combativité. A 67 ans, Patti Smith reste engagée comme au premier jour. Respect.

C'est M qui a les honneurs de clore cette première soirée. Après deux ans de tournée, Matthieu Chedid livre ses derniers concerts. C'est une machine de guerre ce garçon. Il joue de la guitare comme personne, mais son côté démonstratif a l'aird'en agacer certains. Sur n'importe quel de ses morceaux, il arrive à placer quelques riffs ravageurs. Deep Purple par-ci, Jimi Hendrix par-là. Quand ce n'est pas Van Halen, Rage Against the Machine et même les White Stripes et leur fameux « Seven Nation Army ». Dans ces moments-là, quelle que soit l'excellence, on se dit quand même qu'on préfère l'original à la copie surtout quand on frise l'exercice de style. Mais M a décidé de se faire plaisir ce soir. Lucide, il déclare: "Ca fait deux ans qu'on fait les malins".

>>> Au BSF ce soir place des Palais, Fastlanes Candies, Milky Chance, Ozark Henry et Suede.