Qu'il pleuve ou qu'il vente, la devise est « festivalier un jour, festivalier toujours ». Samedi en début de soirée, alors que la pluie tombe, l'enthousiasme n'est pas vraiment au rendez-vous pour se rendre au BSF. Brussels Summer, vraiment? BFF, non?, pour Brussels Fall Festival. Le temps s'est bien refroidi et il pleut ! Au Mont des Arts, les Belges d'Elvis Black Stars balancent leur rock énervé devant un parterre de parapluies et de capes flanquées du logo du sponsor principal du festival.

La Place du Musée est tristounette, les hauts-parleurs du vieux manège balance « Une simple mélodie » de ce bon vieux Polnareff, dont on annonce un nouvel album pour la rentrée. Quelques enfants dessinent sous une tente qui leur est réservée. Les transats sont empilés. Il n'est, certes pas encore 20h30, heure de programmation de « Saturday Night Fever »...

Dans ces conditions, le mieux encore est de se rendre à la Madeleine. On est quelque peu embarrassé de fouler, bottes humides, le sol en tapis synthétique de la salle qui sent encore le neuf. Synthétique à l'instar de la pop distillée par les Français de Natas loves you. Quelques effluves des années 80, relevées par de solides guitares et des textes interprétés en anglais. Avant chaque morceau, le chanteur développe son thème. « Naked », « ode à la nudité et aux gens qui se foutent à poil ». Un sujet qui a l'air de pas mal interpeller les Français en ce moment (cf la Une de M Le Monde du week-end dernier).

On les a vus, revus et rerevus, mais on ne se lasse pas de Moriarty, sextet principalement franco-américain mais aux nombreuses autres origines, maîtrisant parfaitement l'anglais et le français. Il ne pleut plus, c'est déjà ça. S'il fallait un antidote à la morosité du ciel, la chanteuse Rosemary Standley et ses acolytes en sont le meilleur. C'est toujours un bonheur de se laisser emporter par les rythmes endiablés des chansons de Moriarty, par la syncope de leurs instruments – dobro, harmonica, tambourin ou contrebasse – et, évidemment, par la voix de la magnétique Rosemary.

Ils se font rares, c'est pourtant un plaisir à chaque fois renouvelé de les voir se déchaîner sur scène. Il y a du monde pour applaudir Mud Flow, une des figures phares de la scène pop rock bruxelloise de la fin du siècle passé. C'est dire si, dans l'intervalle, nombre de groupes ont éclos. Leur ultime essai (« Ryunosuke ») remonte déjà à 2007. Le groupe emmené par le chanteur et guitariste Vincent Liben se reforme régulièrement et leur musique tient, encore aujourd'hui, particulièrement bien la route. A la Madeleine, leur set est moins atmosphérique, plus rock, avec des mélodies finement travaillées. Voilà un groupe qui ne démérite pas. Le plaisir de créer et de jouer ensemble doit être plus fort que les luttes intestines. Mardi soir, Vincent Liben sera de nouveau à l'affiche, pour présenter son projet solo en français. L'auteur compositeur interprète a sorti, au printemps dernier, « Animalé », un vrai petit bijou.

Pendant ce temps, Cats on Trees enveloppe de sa pop cotonneuse le public du Mont des Arts. En un an, le duo formé par Nina Goern aux claviers et Yohan Hennequin à la batterie a évolué, mûri, il est beaucoup plus à l'aise sur scène que lorsqu'on les avait vus aux Nuits Bota. On ne s'en était pas vraiment rendu compte à l'époque, mais qu'est-ce que le chant de Nina évoque, par moments, celui de Béatrice Martin (Coeur de Pirate) !

En repassant vers la Place du Musée, on se réjouit que « Saturday Night Fever » ait pu démarrer dès 20h30. La fièvre, pas vraiment, mais des couvertures pour réchauffer les courageux cinéphiles.