Cascadeur ? Côté face ? Le personnage scénique, avec son casque blanc - non intégral - orné d’une étoile rouge et le visage dissimulé par un masque de luchador, ces catcheurs mexicains. Côté pile ? Alexandre Longo, auteur, compositeur et chanteur français d’ascendance italienne, toujours installé à Metz, une quarantaine d’années, d’allure plutôt effacée. Qui ne se cac he pas d’avoir pris ce pseudonyme et ce déguisement de personnage Playmobil pour vaincre sa timidité. "Je tremble très facilement : c’est impossible à maîtriser, et j’en souffrais. Rien qu’à l’idée de devoir chanter un morceau devant deux personnes, je tremble. Il fallait donc que je trouve une solution. Je me suis plongé dans mon enfance et dans les parades enfantines, comme un enfant qui se coiffe d’une paire de chaussettes. Je suis allé dans le Monoprix du déguisement - ce n’est pas Hollywood ! - et j’ai choisi un déguisement dont les thématiques me parlaient : le cinéma, la doublure, la prise de risques. Les cascadeurs sont des gens de l’ombre, et je suis plus fasciné par les gens non éclairés que par les gens éclairés…"

Mais n’y a-t-il pas un risque de devenir prisonnier de son personnage ? "Peut-être mais, pour le moment, il me sauve. Sans lui, le projet n’aurait pas existé : je dois lui en être reconnaissant et le cultiver. Cela ne signifie pas que j’aurai toujours les mêmes attributs, toujours le même casque : c’est un concept ouvert. Ce qui me plaît, c’est la métamorphose. Et j’en ai besoin…"

Du piano à la guitare

Deuxième album ? Le chanteur français s’est certes fait connaître du grand public avec la parution, en 2011, de "The Human Octopus". Mais ce "premier" album, popularisé par le single "Walker", reprenait en fait dans des versions plus élaborées des chansons déjà parues précédemment sur des disques autoproduits restés confidentiels. Et "Ghost Surfer", qui vient de sortir, reprend lui aussi des morceaux déjà anciens ("Collector", "Road Movie" ou "Lady Day") en les mêlant à de nouvelles compositions.

Pianiste de formation, Cascadeur s’est essayé, cette fois, à composer les nouveaux titres à la guitare : "Quand je suis à la guitare, je ne sais pas exactement ce que je fais, c’est une aventure, je découvre… Une approche plus rythmique, d’autres paires harmoniques. Mais la succession des différentes étapes reste identique. Dans un premier temps, je joue, assez librement - surtout au piano, à la guitare c’est moins libre ! A ce stade, j’ai la mélodie et les harmonies, et je note les idées qui me plaisent dans des petits cahiers. Une fois que j’ai rempli un cahier, je passe dans une deuxième pièce où je fais les arrangements avec des machines, d’autres instruments et mes enregistreurs : là, je construis vraiment le morceau avec ses couleurs. Puis, je recense le tout, je fais écouter à des proches et au label et j’élimine : je suis ainsi passé, pour cet album, de 35 à 18 morceaux, puis j’en ai encore éliminé un ou deux. Et dans les arrangements, j’ai essayé de garder une structure assez ventilée et aérienne : compte tenu de la durée de l’album, je voulais éviter toute lourdeur. Le premier album était plus une série de court-métrages qui coexistaient déjà, alors que celui-ci est plus un long métrage dont je serais le réalisateur."

Références à l’Odyssée

Un des titres de l’album s’intitule "The Odyssey". Référence appuyée à Homère : "Je me suis beaucoup appuyé sur ‘L’Odyssée’pour écrire mes textes. Ce n’est pas une retranscription pure, mais il y a des sirènes, un cyclope… Christophe est un spectre, Stuart Staples un commandeur qui sort du néant, Anne-Catherine Gillet une déesse. Le titre ‘Ghostsurfer’est, il est vrai, différent du reste de l’album : plus ludique et enjoué, même si le couplet m’émeut beaucoup quand je le chante. Mais j’aimais l’idée de surprendre, de faire quelque chose de plus pop, aussi par rapport à ‘Walker’."

Un CD Casablanca/Universal. En concert le jeudi 13 février à la Rockhal (LU) et le 16 mai aux Nuits Botanique.