Plus encore que ses confrères, le critique est tiraillé entre l’analyse de son sujet et l’impression subjective qu’il en retire. 

Ce fragment d’opinion personnelle censé donner du relief au récit factuel qu’il serait aussi illusoire qu’inutile de vouloir mettre de côté. Après tout, on aime ou non le spectacle qu’on est venu voir et il suffit de ne pas s’aventurer trop loin dans la mise à mort ou l’apologie d’un artiste pour éviter le courroux des lecteurs. Le défi est d’autant plus difficile, en matière de concerts, qu’il s’agit à la fois d’analyser le show, l’ambiance, le public, et le magnétisme qui parviendra ou non à se dégager de l’ensemble. Quand les Dandy Warhols montent sur la scène principale du Brussels Summer Festival, ce dimanche 11 août, on commence donc par se dire que la moitié de la ville a fait le déplacement, que le BSF ressemble davantage à une grande fête citadine qu’à un festival de musique, et que les stands de boissons ont autant de succès que le podium royal déposé à côté du palais. Malgré une affiche prévisible et les nombreux échos relatifs au "très mauvais" concert donné l’avant-veille par Saez, le public est largement au rendez-vous et se formalise assez peu de la qualité des prestations.

Reste aux Dandy à faire le travail. Pas de chance, Courtney Taylor-Taylor annonce avec son flegme habituel que le groupe jouera l’intégralité de l’album "13 Tales from Urban Bohemia". Disque le plus connu de la formation à ce jour mais aussi l’un des moins fournis, dont les quelques hits comme Godless, Get Off, Sleep ou Bohemian Like You peinent à compenser le manque de rythme et d’intensité. Zia McCabe a beau minauder et agiter frénétiquement deux maracas derrière son synthétiseur, l’énergie n’y est pas, le son encore moins, et le tout d’une platitude assez navrante. Dommage pour le groupe de Portland dont on apprécie nombre de livraisons, mais qui aurait été bien avisé de prendre avec lui le batteur et le guitariste d’origine plutôt que ces quatre musiciens de papier au look improbable et la patte peu délicate.

Arrive ensuite Madness, mythique formation Ska britannique du début des années 80 portée par cinq musiciens et deux frontmen survoltés qui attaquent d’entrée de jeu avec le tube One Step Beyond. Mi-ska, mi-reggae, le show est assuré mais manque du grain de folie qui aurait fait sauter tout le monde jusqu’à Camden Town sans la moindre discussion. Ce magnétisme dont on parlait plus haut et qui fait cruellement défaut ce soir. Dans la catégorie "pionniers du ska", force est de constater que les "Specials" en jettent plus que leurs confrères, et que la fièvre ne fait que trop rarement son apparition sur les solos endiablés du saxophoniste Lee Thompson. Madness a la classe mais pas la fougue, et on se demande qui de Sexion d’Assaut, Channel Zero ou Groundation parviendra enfin à faire décoller musicalement ce festival.Valentin Dauchot