"Il aura fallu qu'on annule tout le reste pour que tu viennes à LaSemo" nous lance joyeusement l'organisateur du festival, caché derrière son masque, pendant qu'un géant aux allures de Huckleberry Finn accueille les visiteurs du jour, et que des serveurs s'agitent entre les dizaines de tables en bois disposées pour l'occasion dans le parc d'Enghien. Pas de service au bar, on commande une bière bio locale par SMS, en attendant le début de la fameuse promenade. La première promenade, puisque des départs sont organisés toutes les heures pour limiter les contacts entre "bulles".

© Didier Bauweraerts

Prises d'assaut, les quatre balades initialement mises en vente, ont finalement été déclinées en vingt-quatre groupes de 240 personnes. Cinq mille badauds au total défileront progressivement sur le site tout au long du week-end. "Ceci n'est pas LaSemo" n'est sans doute qu'une version alternative et raccourcie du festival, mais c'est un succès de foule, qui réunit autant d'habitués que de nouveaux venus, attirés par cette expérience d'un genre particulier.

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L'ambiance est tellement familiale qu'on regrette presque de ne pas avoir emprunté un gosse à un ami. Les enfants, justement, imposent un rythme lent, quasiment contemplatif, qui convient parfaitement aux grandes allées vertes du parc d'Enghien, son château, son décor féerique. Une première "pause artistique" est proposée juste en face dudit château, où des sièges ont été préalablement désinfectés par une équipe de nettoyeurs aux allures de "Ghostbusters".

© Didier Bauweraerts

Un peu nerveux, Cédric Gervy attend son audience, la première en quatre mois, et amuse son petit monde avec ses chansons simples et décalées. Cédric est prof, sa guitare, il n'en vit pas. Ce n'est pas l'objectif en tout cas, mais la culture le transporte, les notes le font sourire, l'échange l'anime, et il en va de même pour le public. Un bambin a beau rentabiliser son lange à 1m de notre bulle, nous réalisons une fois de plus à quel point ces petits moments sont importants (la musique, pas le lange) et donnent, en moins de vingt minutes, un peu de perspective à notre existence.

© Didier Bauweraerts

La joyeuse troupe se remet "prestement" en route vers le pavillon flottant, où un équilibriste évolue avec grâce sur deux longues pièces de tissu suspendues et le son d'un hautbois. Vient ensuite le second concert, champêtre cette fois, avec The Feather, joliment installé au centre d'une fontaine vide. Les Liégeois ont deux de tension, mais leur pop éthérée cadre parfaitement avec l'expérience. Les couples s'enlacent gentiment, les gamins dansent, pleurent, prennent les trois musiciens aux chevelures faussement négligées en photo, et viennent montrer le résultat artistique à leurs parents. On pourrait presque fermer les yeux, faire une petite sieste, se laisser bercer par ces sons d'ambiance qui nous avaient manqué.

© Didier Bauweraerts

Chaque artiste est engagé pour la journée. Ce samedi et ce dimanche toute la programmation sera renouvelée. Mais nous sommes particulièrement heureux de nous retrouver nez à nez avec la harpiste installée seule, en pleine forêt, pour nous offrir un intermède simple et poétique. L'instant est suspendu, même les petites terreurs se tiennent coites. Le prestidigitateur (pardon, le mentaliste) n'a plus qu'à clôturer cette belle journée avec un soupçon de magie.

Ignoré, maltraité, relégué au rang de secteur non-essentiel, le monde culturel a réagi de la plus belle des manières : avec inventivité et créativité, mais sa survie est toujours menacée. Vu le succès rencontré par la totalité des micro-événements proposés, nous serions bien inspirés de reconnaître le rôle essentiel qu'il joue dans notre société.

Infos : www.LaSemo.be