Tout cela tient du paradoxe : 2020, annus horribilis des dancings, fut aussi celle du grand retour du disco. D’innombrables artistes pop mainstream s’en sont inspirés, d’une manière ou d’une autre, dans leurs compositions : de l’Irlandaise Roisin Murphy à la légende Kylie Minogue, en passant par Miley Cyrus, The Weeknd, et les brillantes Jessie Ware et Dua Lipa. Comme si l’enfermement, l’anxiété et la violence de notre société avaient entraîné une réaction inverse chez les compositeurs, producteurs et musiciens.

"La joie, que l’on trouve initialement à l’intérieur de soi, est un acte de résistance contre n’importe quel système d’oppression", déclarait cette semaine la chanteuse Shungudzo, co-auteure de l’album What’s Your Pleasure de Jessie Ware, dans une interview accordée au site d’information américain The Ringer. "Que l’on subisse une pandémie ou non, tout artiste utilisant son réseau pour que les gens se sentent bien en leur présence, s’inscrit dans un mouvement de liberté." Les albums des artistes précités, n’ont pas tous été composés après mars 2020. Le mouvement a donc commencé bien avant la pandémie, comme le précise encore The Ringer, qui estime que la mode du rose flashy et des rythmes dansants a suivi, dès 2019, une vague de pop sombre et dépressive. Le site américain y voit un parallèle avec les années 70, période de récession économique profonde pour les États-Unis, durant laquelle le disco s’est opposé à la morosité ambiante et la pensée dominante, pour fédérer les communautés alternatives.

Une réponse à la division ?

La chanteuse irlandaise Roisin Murphy, qui "ne supporte pas le terme Disco Revival" et vient de sortir l’excellent Roisin Machine, confirmait peu ou prou cette vision des choses dans un entretien accordé à La Libre en octobre dernier. "Cet album s’intéresse surtout au disco de la fin des années 70, une ère durant laquelle les genres, communautés et tribus se mélangeaient tous sur le dancefloor", expliquait-elle à l’époque. "Les gens se rencontraient, échangeaient, et discutaient au-delà de leurs différences dans les clubs de la ville (en l’occurrence, Sheffield, NdlR) et tout cela percolait jusque dans les studios, où la musique mixait ces influences." Dans une société de plus en plus polarisée, divisée en communautés, et désormais, repliée sur elle-même, le disco offre donc, au bon moment, un contrepoint idéal.

Folk et rock, l’autre 2020

D’autres tendances musicales existent, il est donc tout à fait possible que le contexte lui-même ait donné une visibilité accrue aux artistes ayant pris une direction légère et colorée.

Avec Idles et Fontaines DC, le rock du Royaume-Uni s’est offert une nouvelle vague d’inspiration, portée par un son plus lourd, radical et nerveux. Soit l’exact opposé de leurs petits camarades de la disco-pop. Le tournant folk de la chanteuse américaine Taylor Swift, lui, n’est que la face la plus visible de l’extrême vitalité de cette scène pour le grand public, qui ferait bien d’aller jeter une oreille à l’excellent Punisher de Phoebe Bridgers, avant de plonger corps et âme dans le sublime Grande est la Maison de Cabane, dernier projet en date du Bruxellois Thomas Jean Henri.

Même le rappeur Damso s’est attendri sur QALF, moins frontal, plus mûr, et vraie prise de risque pour le rappeur star. Rien de tout cela ne vous tente ? Sortez donc des sentiers battus et testez Thundercat, Ghostpoet ou Moses Sumney, poètes géniaux et inspirés. Cette année 2020 n’a été facile pour personne, le rôle et l’impact de la musique sur nos émotions semblent plus que jamais essentiels.