Huit artistes émergents ont particulièrement retenu notre attention. Leur venue ou leurs albums devraient faire partie des événements immanquables de l’année à venir.

Pongo

Bruxelles, début novembre, les rues sont calmes, le crachin persistant, mais une onde sismique surgit de La Madeleine où plusieurs centaines de badauds s’agitent frénétiquement sur les basses dansantes et la voix chaleureuse de Pongo. Révélation des festivals estivaux, ce petit bout de femme est né à Luanda, capitale de l’Angola, dont elle a fui la guerre civile à huit ans pour s’installer à Lisbonne (Portugal). Là, Pongo redécouvre le Kuduro de son pays natal, importé par les migrants angolais, qui mêlent semba traditionnelle, rythmiques africaines, et basses électroniques. L’alliance est imparable, idéale pour raconter autant qu’expurger une histoire atypique sur un premier album jouissif (Baïa, Caroline), que Pongo viendra présenter en avril sur la scène de l’Ancienne Belgique (Bruxelles).


Lous and The Yakuza

Voilà ni plus ni moins que la révélation belge annoncée pour l’année à venir. Née en République Démocratique du Congo, élevée entre Bruxelles, Namur et le Rwanda, Marie-Pierra aka Lous And The Yakusa a connu les sommets et les bas-fonds, la fortune et les galères, qu’elle raconte sur un premier album pop (Gore, Columbia) lorgnant autant sur la folk, que la trap et le R&B. Adoubée par Damso en personne, mais farouchement moderne et indépendante à l’image d’une Aya Nakamura, la jeune femme de 23 ans vient d’avoir l’honneur de bénéficier d’une résidence au festival des Transmusicales de Rennes (France), et voit un véritable boulevard s’ouvrir devant elle pour les douze mois à venir.


Marcus King

Les Blues est en vie ! Et il n’est pas uniquement entretenu par ses vieilles légendes. Depuis 2015, Marcus King, petit joufflu à la longue tignasse ondulée né au fin fond de la Caroline du Sud, compose, chante et dynamite à coups de guitare, de solides ballades soul, folk et blues. Non content d’enregistrer avec son band, le bonhomme vient de sortir un premier EP en solitaire, One Day She’s Here, produit par l’ami Dan Auerbach (The Black Keys), qu’il viendra jouer à Bruxelles début mars.


Indian Askin

Le renouveau du rock créatif et déjanté pourrait bien venir des Pays-Bas. Chino Ayala n’a rien d’un débutant, sa bande d’Indiens amstellodamois a sorti un premier album en 2016, son successeur l’année passée, et vient de couronner le tout avec un EP aussi jouissif que varié. “Smiles” joue fort efficacement sur des sonorités orientales menant à un garage rock puissant, “Outtaspace” rappelle le Beck des belles années, et “Deep End” réussit le coup de l’hymne pop choral absolument irrésistible. Sans aucun doute l’un des groupes à suivre sur scène.

Valentin Dauchot


Joy Crookes

Joy Crookes est sans aucun doute la prochaine révélation de taille en provenance du prolifique Royaume-Uni. Avec seulement 20 printemps au compteur, elle prouve que le talent n’a pas d’âge. Il n’y a qu’à écouter ses quelques EP pour s’en rendre compte. Ses chansons sont puissantes en émotion, gorgées de soul et difficiles à dater, tant elles subliment des recettes intemporelles. La chanteuse d’origine bangladaise et irlandaise s’inscrit tout droit dans la lignée exigeante d’Amy Winehouse. Son premier album est donc fort attendu.


Nilüfer Yanya

En intitulant son premier long format Miss Universe, la Londonienne de 23 ans donne d’emblée la mesure de son ambition. Révélée par sa reprise de “Hey” de Pixies, il y a trois ans, Nilüfer Yanya procure une sensation d’assurance et d’expérience, qui font immédiatement penser à une artiste mature et aboutie. Sa maîtrise vocale, son écriture soignée, son exploration du rock, de la pop, du jazz, et même parfois du punk sonnent toujours juste. De quoi l’annoncer comme l’une des artistes les plus passionnantes de ces prochains mois.


Muzi

On le surnomme “le petit génie de la zulu house”. Appellation méritée au vu de l’étendue du talent de ce jeune producteur sud-africain, repéré après sa participation au projet Africa Express initié par Damon Albarn en personne (Blur, Gorillaz). Son troisième album, Zeno, est directement inspiré par les musiques de son pays des années 70 et 80, ses différents séjours en Europe et son admiration pour Daft Punk. Un brassage réjouissant et terriblement dansant de sonorités panafricaines et de musique électronique.


Vagabon

Elle était ingénieure informatique, mais a tout quitté pour la musique il y a quelques années. Tant mieux pour nous : Laetitia Tamko, qui officie sous le nom de Vagabon, s’est fait remarquer en 2017 avec Infinite Worlds, un album aux influences indie-rock. Son successeur, sorti cette année, propose des compositions plus orientées vers la pop et l’électro. Un opus entièrement produit, composé et joué par la New-Yorkaise d’origine camerounaise, à garder à l’œil pour ses capacités de mutation et d’évolution.

Louise Hermant