C’est une tradition : chaque année, les Nuits Botanique ouvrent la saison des festivals d’été. Leur annulation en mai dernier n’augurait rien de bon, et l’été fut effectivement d’un morne silence. Six mois plus tard, interminable pandémie oblige, plus personne n’osait encore croire à une édition 2020. Et pourtant, elle est là, prête à ouvrir ses portes sur le site du Jardin botanique de Bruxelles et à accueillir plusieurs centaines de personnes par jour, dès ce jeudi soir.

"Sur papier, c’est une très mauvaise idée ", s’amuse presque Paul-Henri Wauters, qui dirige l’institution bruxelloise et se demande encore comment il va faire pour "nourrir" chaque soir ses équipes de régisseurs tout en respectant les règles sanitaires. "Rien n’est normal dans les circonstances actuelles. Toute la sphère d’action est parasitée." Pour le public, ce sera port du masque en permanence, distanciation et prise de température à l’entrée. "Tout cela peut se faire simplement et rapidement, précise le programmateur du Botanique, mais il faut encore gérer les flux, s’arranger pour que les spectateurs de l’Orangerie, la Rotonde, le Grand Salon et la scène extérieure ne se croisent pas de trop près, tout en pouvant accéder aux différents bars."

800 places assises en extérieur

Les deux petites salles se prêtent relativement bien à des concerts intimes, mais les places y seront, inévitablement, extrêmement limitées. L’Orangerie est autorisée de son côté à accueillir un peu moins de 200 personnes sur ses 350 places assises, un siège étant systématiquement laissé libre entre les "bulles", et le Bota a obtenu une dérogation de la commune de Saint-Josse pour sa scène "Parc" montée en extérieur. "Ce ne sera pas le chapiteau habituel, insiste Paul-Henri Wauters, mais une scène couverte avec assistance assise, en plein air, ce qui nous permet d’accueillir jusqu’à 800 personnes au total." Aucune de ces places ne sera numérotée. Des stewards dirigeront les spectateurs, à qui il est demandé d’arriver en bulles vers les sièges libres, et le vestiaire restera porte close pour désengorger les couloirs. Tout cela semble complexe, mais l’ensemble tient la route.

Pour ne pas trop faciliter la tâche à l’institution bruxelloise, la météo a toutefois prévu de déverser moult pluie sur la Belgique durant la semaine à venir. "Ça, ça va, on connaît ", rigole Paul-Henri Wauters, qui vient de faire l’acquisition d’une quantité industrielle de ponchos à distribuer au public en cas d’intempérie sérieuse. "La pluie, ça nous donne presque le sentiment de devoir gérer quelque chose de normal."

Une "quarantaine" d’artistes

Et l’affiche dans tout ça ? Avec une quarantaine de groupes confirmés parmi les noms initialement annoncés, elle garde une certaine cohérence et offre une occasion inédite de découvrir ou redécouvrir quelques-uns de nos meilleurs artistes nationaux dont Nicolas Michaux (pop, 1/10), PEET (rap, 3/10), Judith Kiddo (pop, 2/10), The K. (rock, 3/10), Glass Museum (jazz, 7/10), Compact Disk Dummies (électro, 9/10), Haring (électro, 9/10) ou encore Manu Delago (classique, 13/10).

Outre Yael Naim, auteure d’un concert lumineux donné la semaine dernière dans l’église Notre-Dame de Laeken en pré-ouverture de ces Nuits, plusieurs artistes internationaux feront le déplacement. Hervé viendra présenter son excellent premier album pop le jeudi 8 octobre. La Cap-verdienne Mayra Andrade affiche déjà sold-out pour la soirée d’ouverture de ce jeudi soir, et sera précédée sur scène par Naaz (Pays-Bas) et Marina Satti, venue tout droit de Grèce. "Pour Marina Satti, on a été jusqu’à demander une autorisation du ministre grec de la Culture pour lui permettre de sortir et surtout de revenir dans le pays, s’étonne encore Paul-Henri Wauters. Elle vient moins de 24 h en Belgique, mais la Grèce exige un test datant de 72 h avant le retour. Donc, évidemment, il faut trouver une solution à cette impasse. D’autres artistes internationaux étaient partants, mais la plupart des tournées ont été annulées et l’équipement requis coûtait tout simplement beaucoup trop cher pour un unique concert."

Enfin un vécu collectif

Y a-t-il un effet corona ? Un engouement inhabituel pour les artistes belges dû à l’absence de têtes d’affiche étrangères ? "Difficile à dire, estime le directeur du Botanique. Pour l’instant, on est dans les chiffres habituels. Le corona a encore un côté inhibant pour le public. Tout le monde a envie de concerts, mais il faut encore franchir le pas. Ce que j’ai constaté, la semaine dernière, c’est qu’une fois que ce public est réuni avec un artiste qui n’a plus joué depuis des mois, on vit un grand moment. Le vécu collectif du concert en ces temps compliqués est colossalement amplifié. J’espère vraiment que les gens prendront la décision de sortir, quitte à bien s’habiller s’il fait frais, parce que nous allons vivre une édition très spéciale.