Un peu de sucre, c’est bon pour la santé, douze tonnes de glucose, ça vous inflige un diabète sévère. Il a fallu quelques années à Coldplay pour intégrer ce conseil-santé. Unanimement loués pour leur sens de la mélodie sur Parachutes puis A Rush Of Blood To The Head, début des années 2000, Chris Martin et compagnie ont progressivement sombré dans l’excès de grandiloquence et de sentimentalisme. 

Adieu subtilité. Bonjour caricature, shows grandioses et lâchés de confettis à outrance. Les fans durs ont adoré, une partie du public a déserté, et Coldplay est devenu, malgré lui, ce groupe clivant bourré d’artifices que les uns vénèrent et les autres honnissent. L’annonce de l’arrivée d’un petit nouveau était donc accueillie avec une relative circonspection. La surprise n’en est que plus grande. Probablement épuisés par la gigantesque tournée qui a suivi leur dernière livraison rose bonbon, les Londoniens ont lâché du lest sur Everyday Life (★★★, Warner), qui marque leur retour inattendu à des mélodies épurées.


Dès ses premières notes, “Sunrise” prend l’auditeur par surprise. Instrumentale, joliment lyrique, elle laisse entrevoir une nouvelle orientation musicale. “Church” confirme, on retrouve enfin la voix de Chris Martin, qui mise pour une fois sur la sobriété, et laisse les refrains choraux à une très jolie voix orientale. Mais c’est surtout “Trouble in Town” qui marque le changement de paradigme de ce huitième album. 

Exit les tubes calibrés pour combler la bande FM dans son entièreté. Passé la deuxième minute, Martin cesse de chanter. La ligne de piano se poursuit et enchaîne sur une montée en puissance taillée pour les stades, mais forte d’une nouvelle créativité. Le phénomène en est presque curieux : le chanteur, qui nous a tant agacé par le passé, parvient à retrouver de la fraîcheur sur pratiquement chacune de ses interventions. “Broken” joue justement la carte gospel, “Daddy” rappelle les belles heures de Parachutes, celles qui vous donnaient envie de vous lancer à vos risques et périls dans un slow hasardeux, et “WOTW” a l’air authentiquement improvisée dans le fond du jardin.


Vient alors la fameuse “Arabesque” produite par notre Stromae national. “LE” tube qui s’apprête à envahir l’habitacle de votre véhicule aux heures de pointe, Paul Van Haver oblige. On craint un temps un retour de Coldplay à ses mauvaises habitudes, mais la production de Stromae nous prend – elle aussi – par surprise, en intégrant un solo de trompette de plus d’une minute trente, absolument non calibré pour un hit de cette portée. “Guns” ouvre le second volume de l’album avec une guitare folk et nerveuse. Chris Martin craque un peu sur “Orpahans” avec le retour des “Wouhouuuu” mode en mode “Viva la Vida”, mais on ne peut pas lui en vouloir, il a tenu jusque-là. Il revient rapidement à la raison sur “Eko”, “Cry, Cry, Cry” et “Old Friend”, avant de proposer, au bon moment, un instrumental au piano.

Soyons clairs, Coldplay touche à tout. Everyday Life part dans tous les sens et on peut légitimement le lui reprocher. Mais le groupe a retrouvé sa patte, son inspiration, un certain sens du risque dans la composition. Les bons sentiments n’ont rien d’une tare, quand ils sont bien amenés. Une tournée des petites salles sans feu d’artifice serait tout à fait bienvenue pour confirmer la donne, et tomberait bien : ça pollue nettement moins... (lire à ce sujet "Les artistes, nouveaux porte-voix de la question climatique ?")

© D.R.

Everyday Life, Warner, sorti ce vendredi 22 novembre.

En concert... Peut-être dans deux ans.