Le jeune Américain Alexander Beyer figure, à 21 ans, parmi les cadets de la session. Outre le piano, pour lequel il a déjà remporté une bonne demi-douzaine de distinctions internationales, il étudie les mathématiques à Harvard. On n'oserait pas jurer que cela s'entend, mais il est sûr que dans ses choix de répertoire autant que dans sa façon de les aborder, le musicien offre une clarté de discours et un sens de la construction impressionnants, tout en étant très à l'aise dans les effusions sonore d'un Ravel. 

Que fera-t-il du "Butterfly's Dream" de Ledoux? On notera d'emblée que s'il ne joue pas de mémoire, Alexander est déjà détaché de la partition, ce qui lui permet d'instaurer des ambiances choisies, comme ce petit passage jazzy, jusqu'ici inédit, et, plus loin, ces pépiements farceurs, menés en complicité avec l'orchestre, passant progressivement de l'humour au monde incertain des songes, à leurs interrogations, leurs ravissements, leurs envols. Était-ce l'envie d'entendre le rêve se prolonger ? La fin nous a semblé un peu abrupte...

Dans l'allegro initial de l'immense Concerto n°3 en ré mineur de Rachmaninov, le musicien instaure un climat quasi recueilli, avant de se lancer tête baissée - et non sans précipitation, ce sera un défaut récurrent - dans la suite du mouvement, mais Marin Alsop veille au grain et l'orchestre absorbe les petits chocs et les écarts, permettant au soliste de reprendre le fil avec plus de sécurité et donc de liberté... Les écrans latéraux permettent d'observer la technique du musicien, l'économie et la précision du geste, et sa détermination. 

La terrible strette centrale, totalement maîtrisée, sera puissante et belle mais dépourvue de la fièvre dévastatrice qu'on y espère et qu'on ne découvrira que dans l'intermezzo, intense, lent et poignant. Mais Alexander ne peut s'empêcher de danser ou de cligner de l'œil dès que la partition le lui permet et c'est dans une sorte d'allégresse qu'il entrera dans le finale "alla breve", qu'il mènera avec un mélange ineffable d'esprit, de vivacité et de nostalgie. Déployant dans la dernière section une ampleur et une générosité rayonnant rétrospectivement sur tout ce qu'on venait d'entendre. Ovation interminable et reconnaissante.