Timothy Chooi se fait partiellement piéger par Mozart.

Les téléspectateurs l’auront appris grâce à l’interview de Vincent Delbushaye en bord de scène : le Canadien Timothy Chooi, 25 ans succède cette année à son frère aîné, Nikki, finaliste au concours en 2012, qui lui donna pour consigne : « ne pas trop répéter et songer à se détendre ».

Son entrée dans le 5e de Mozart est féline et mystérieuse, attestant déjà un incroyable contrôle de l’archet dans sa façon déposer précautionneusement la fin de la phrase... La suite, menée à un train d’enfer (et un poil trop haut ) explose de fougue et de virtuosité - payées de quelques accrocs -, notant une cadence maison (c’est devenu le passage obligé) hybride, signée Leppard-Chooi. Le chant de l’Adagio, intense et soutenu, est servi par des sonorités pures et lumineuses (beaucoup de vibrato quand même) et le finale - où le musicien s’amuse à prendre tous les risques - est une euphorie.

L’approche de ce même concerto par Siwoo Kim, 29 ans, de double nationalité américaine et coréenne, ne bénéficia pas de la même liberté. Sonorités étranglées - au mieux métalliques - et multiples imprécisions : le premier mouvement fut plombé par des signes de nervosité qui s’estompèrent au cours de l’Adagio (Kantorow aurait pu un peu plus l’entourer...), ouvrant à un Finale qui, pour le coup, ne manqua ni de brio ni d’invention.

Depuis le premier tour, le Coréen Kyumin Park, 22 ans, nous est apparu comme un des candidats les plus intéressants de cette session, il en est aussi un des plus jeunes. Musicalité naturelle, sonorités sublimes, virtuosité infaillible, c’est un garçon calme, et un praticien avisé du silence. « Sa » Sonate de Debussy, donnée en compagnie de José Gaillardo, l’atteste, avec un discours direct et nuancé à la fois, et certainement « sans affectation » ( mais on est loin de la version visionnaire de Kogan...). L’Allegro de la Sonate dYsaÿe ne semble pas trop l’inspirer alors que le finale, beaucoup mieux construit, est magnifique d’engagement et de puissance. L’étendue de ses moyens - sonorités, justesse, puissance - serviront l’imposé, vivant, varié, très réussi, avant le Nocturne et Tarentelle, op, 28, de Szymanowski, balancé, comme son titre l’annonce, entre mystère et déflagration (tellurique en l’occurrence) dans lequel le musicien aura tout donné et tout maîtrisé.

Le très subtil Seiji Okamoto, Japonais de 24 ans, ouvre son récital avec cette belle - et si rare - sonate de Janacek qu’avait jouée Sylvia Huang mercredi (également avec Boris Kusnezow) et en fait évidemment tout autre chose. Le jeu est puissant, lyrique, nimbé de nostalgie, hérissé de douleurs, et c’est magnifique. On s’en doute, Ysaÿe lui va comme un gant, en particulier dans ses composantes harmoniques et poétiques, portées par un extraordinaire sens des couleurs. L’imposé est comme neuf, brillant et inspiré, et quasi libéré du texte. Encore un petit Caprice (Ysaÿe-Saint-Saëns) pour la route, ce sera le Seiji le plus décontracté, le plus souriant qu’on aura entendu jusqu’ici, toujours avec ses airs de prince, son chic et son goût.