Après le Mozart lumineux de l’Ukrainienne, des récitals en dents de scie.

La Canadienne Shanon Lee, 26 ans, si assurée jusqu’ici, démontre, une fois de plus que Mozart - dont elle jouera le concerto n°4 - ne fait pas de cadeau... Après une entrée en matière tendue, émaillée même de quelques désordres, elle renouera heureusement avec les qualités techniques et musicales qu’on lui connaît, offrant au passage une jolie et brève cadence personnelle. L’Adagio simple et chantant est un bonheur, tout comme le Finale, joliment délié, peut-être un peu lisse.

Le dernier concerto de la semaine - le 5e - sera confie à une des favorites de la session, l’Ukrainienne Eva Rabchevska, 22 ans, dont la vision de Mozart penche du côté de la vivacité, de la fraîcheur, de l’humour, à travers un jeu de dialogues où l’imagination peut s’appuyer sur de fines articulations et des sonorités variées à l’infini. L’Adagio est un modèle du genre, dont l’évidence découle directement du raffinement du style et du travail fouillé des phrasés. Le drame (tout étant relatif...) sera réservé au Finale, aux accents franchement opératiques, fertile en rebondissements, en tous points captivant.

En compagnie de Victor Asuncion, la Japonaise Mio Yoshie, 23 ans, ouvre son récital avec cette sonate de Debussy devenue mythique pour le public du Concours depuis que Daniel Kogan s’en est emparée... En intelligence avec son partenaire, elle y instille ce qu’il faut d’ambiguïté, d’inquiétude, de raucité même, pour en réveiller le caractère fascinant, tout en démontrant sa maîtrise technique. Le temps de rappeler le pianiste distrait qui avait prématurément quitté le plateau (éclat de rire général), et voici l’imposé, donné dans des sonorités plutôt fines et bien rythmées. La sonate d’ Ysaÿe connaît hélas un sort un moins heureux, erratique dans l’allegro et traversée de multiples accrocs jusque dans le Finale... C’est d’autant plus désolant que, dans la Fantaisie sur Carmen de Jeno Hubay, la musicienne se retrouve à son meilleur, aussi à l’aise dans le pur chant que dans les acrobaties d’usage, le tout logé (parfois, pas toujours) dans de ravissantes sonorités.

Un des attraits du Concours est de soumettre les œuvres, elles-aussi, à comparaison ; après la sonate de Debussy, ce sera le cas pour la sonate de Janacek qui ouvre le récital de la Kazakhe Meruert Karmenova, 26 ans, ici âpre et véhémente, de caractère puissamment expressionniste et ne connaissant quasi pas de répit, même dans la déchirante Ballata centrale. Au piano, Christa Hudziy (attachée à La Chapelle, dont est issue la candidate) ne calme pas le jeu... Mais cette version se tient, malgré où peut-être grâce à sa violence paroxystique. Sans surprise, l’imposé connaîtra un sort semblable, comme si la musicienne ne savait que jouer en force, en écrasant le son, ou surfer sur les harmoniques. Fatal pour Ysaÿe (cousin spirituel de Bach) et, disons, alternatif pour la Valse-scherzo d Tchaïkovski, donnée façon Bartók.