Musique & Festivals

La demi-finale de ce samedi soir.

C’est à un tempo particulièrement soutenu que Frank Braley et l’Orchestre Royal de Chambre de Wallonie – qui seront quelques minutes plus tard ovationnés par un Studio 4 debout, Reine Mathilde comprise – attaquent l’introduction du désormais familier concerto en ut majeur de Haydn. Ivan Karizna, 25 ans, s’y lance avec fougue et, très vite, impose à l’orchestre des contrastes marqués, osant des rubati inattendus qui surprennent parfois même ses collègues musiciens. Dans l’interprétation du Biélorusse, la diversité n’est pas seulement dans les tempi, mais aussi dans l’intensité sonore, dont il explore toute la palette. Il y aura aussi un adagio recueilli et assez lent, commencé sur un ton intimiste avant de s’épanouir dans tout le spectre de l’expressivité : ce Haydn n’est certes plus dans le classicisme pur, mais le résultat est intense et prenant. Final au tempo hallucinant mais souverainement maîtrisé par le soliste.

Bon sang ne peut mentir ? Julia Hagen, 22 ans, est la fille de Clemens Hagen, le violoncelliste du Quatuor Hagen, et elle s’est notamment formée auprès de Heinrich Schiff et Gautier Capuçon. Son concerto de Haydn – le même ut majeur, mais avec la cadence de David Geringas pour le premier mouvement – est un modèle d’équilibre et d’élégance. On admire la belle sonorité de son Ruggieri, mais la lecture est globalement plus sage, et non exempte de quelques légères scories.

Le public de Flagey aurait bien découvert la très rare sonate en la mineur de Carl Reinecke, mais le jury a choisi celle de Poulenc comme grosse pièce pour Ayano Kamimura. Et comme il a choisi la même sonate pour Aurélien Pascal (cette fois au détriment de la cinquième de Beethoven), on aura donc deux sonates de Poulenc ce soir, et pas d’autre musique allemande que les suites de Bach.

Le prélude de celle choisie par la Japonaise de 26 ans – la sixième – est donnée de façon un peu raide, presque brutale, avec un vibrato affirmé et une intonation plus d’une fois imprécise. On préfère le Bach - cinquième suite cette fois – d’Aurélien Pascal, 22 ans : la sonorité n’est peut-être pas d’une homogénéité constante, mais le Français témoigne d’un véritable sens de la danse qui innerve la courante et la gigue

De l’imposé d’Annelies Van Parys, Kamimura fait une lecture plutôt littérale, peu soucieuse des sonorités mais respectueuse des rythmes et des tempi, là où Pascal se montre plus interrogateur, et aussi plus inventif. Après un détour par la très rare Pampaeana n° 2 de l’Argentin Alberto Ginastera, œuvre contrastée et colorée qu’elle joue avec une impressionnante maîtrise, la Japonaise conclut par la sonate de Poulenc: son interprétation est brillante et, si elle manque un peu d’esprit français, elle séduit néanmoins par une belle cavatine. Son concurrent passera, lui, par une brève sonate de Boccherini – L’Impératrice, donnée avec force legato – avant d’arriver à la même conclusion : l’esprit français est cette fois omniprésent, et le Français conclut brillamment ce deuxième tour, nonobstant quelques signes de fatigue. Il est déjà 23h30 : cela fait long un double Poulenc !