Deuxième exécution du deuxième concerto de Prokofiev, cette fois en version coréenne.

Hans H. Suh a fêté ses 26 ans dimanche à la Chapelle Musicale Reine Elisabeth ! En demi-finale, le candidat coréen s’était montré nettement plus inspiré dans son récital, et notamment dans l’imposé de Fiorini, que dans son concerto de Mozart. Confirmera-t-il cette affinité avec la musique contemporaine dans « A Butterfly’s Dream » de Ledoux ?

La maîtrise technique est en tout cas impressionnante. Mais, si le candidat se montre particulièrement soucieux d’une parfaite coordination avec l’orchestre – des coups d’œil interrogateurs réguliers vers Marin Alsop en témoignent – l’intégration avec l’ONB semble moins aboutie : Suh opte pour une démarche de soliste face à un orchestre plus que de chambriste. Après l’interprétation exceptionnelle d’Alexander Beyer, la lecture du Coréen semble plus littérale, moins inspirée. L’accent est mis sur les rythmes et sur les couleurs, à telle enseigne que la deuxième cadence évoque plus encore quelque oiseau exotique de Messiaen que le papillon de Ledoux, mais on sort de son interprétation plus admiratif qu’ému.

Comme Atsushi Imada lundi, Hans Suh propose le deuxième concerto de Serge Prokofiev. Le contraste est flagrant avec l’imposé : là où, dans Ledoux, le candidat coréen fixait sa partition en hochant la tête de haut en bas, les premières mesures du Prokofiev le voient fermer les yeux et s’abandonner à la posture romantique de la dénégation douloureuse entre gauche et droite. On admire la sonorité ample, la capacité de faire respirer la mélodie mais aussi une formidable cadence de l’andantino qui conduit au climax attendu. La barre est placée très haut.

Le scherzo se révèle éminemment virtuose, d’une impeccable rigueur rythmique mais sans exploiter tout le potentiel expressif de la partition. Même approche trop objective dans l’intermezzo, où l’on commence à regretter cette neutralité du candidat : on est loin du sarcasme, ou même de l’ironie dont le mouvement peut être porteur. Suh prend un plaisir visible à jouer, mais le discours manque d’aspérités. L’allegro tempestoso final viendra confirmer le sentiment un peu frustrant d’un candidat aux moyens somptueux, mais qui ne creuse pas assez profondément son sillon.