Formée dans son Japon natal, Kana Okada rejoignit Paris à l'âge de 15 ans pour entrer au Conservatoire national supérieur de musique. Elle se perfectionne encore aujourd'hui dans la classe de Frank Braley. Ceux qui l'ont entendue en récital, lors de la demi-finale auront été frappé par son gout pour la musique française, Poulenc en particulier, un compositeur qui lui porta chance puisqu'en 2013, elle remporta le célèbre concours portant son nom.

Avec le mélange de grâce et de spontanéité qui la caractérise, la musicienne entre de plain pied dans "A Butterfly's Dream" de Claude Ledoux et y fait valoir prioritairement la dimension dansante, dégageant de véritables petits leitmotive rythmiques auxquels elle concède aussi un maximum de couleurs... Mais arrivée au passage O, indiqué "calme et expressif", c'est un monde qui s'ouvre, irréel, à la fois intérieur et sidéral, suspendu, éminemment personnel. Et le déferlement de puissance qui y succède n'en sera que plus impressionnant avant l'accalmie, enfin, et l'interrogation tendre...

Kana a choisi le 2e Concerto de Rachmaninov en ut mineur, un concerto tout chargé de tourments et d'espoirs, dont on sait qu'il représenta pour son auteur la sortie d'une période de dépression et de doute. A l' ouverture, la pianiste lance le grand crescendo d'accords avec énergie et determination mais manifeste ensuite quelques difficultés à établir avec l'orchestre la pulsation commune qui mettra le mouvement sur orbite. Et ce n'est que dans le dernier tiers de celui-ci, retenu et mélancolique, que le contact s'établira, durablement... L' Adagio qui suit l'atteste, développé avec naturel et intensité, dans un dialogue poignant avec les vents, offrant ce qu'il faut d'abandon mais aussi de tension, de puissance et de passion (un peu sentimentale mais Rachmaninov y prête) tout en laissant entrevoir la lumière derrière les nuées (céleste retrouvailles avec les cordes au terme de la cadence...). L'Allegro final, noté scherzando, sera effectivement entrepris avec légèreté et esprit - la pianiste a des réserves d'énergie et les sonorités restent belles - avant d'évoluer une fois de plus vers le mode passionné, convaincant dans les passages plus méditatifs mais payé de quelques décalages avec l'orchestre aux changements d'allure (vers les passages plus rapides) et d'un durcissement de la sonorité. Mais sans que la jeune femme perde son extraordinaire élan, ni son pouvoir expressif.