Le dernier finaliste de cette session est aussi un des plus âgés et, du coup, des plus expérimentés : à 29 ans, Henry Kramer arrive au Reine Elisabeth bardé de titres dans d’autres concours et fort de plusieurs concerts. Il affiche d’ailleurs une aisance apparente en entrant sur scène d’un pas décidé et souriant, pantalon de smoking noir porté sans veste avec une chemise bleu nuit et un immense nœud papillon de même teinte. Mais, au fil de l’imposé, on verra les joues s’empourprer peu à peu, donnant du coup au pianiste américain une allure plus juvénile.

Solide et sonore, son approche du « Rêve de papillon » de Claude Ledoux est empreinte d’une grande maîtrise, mais n’apporte rien à l’œuvre que les onze lectures précédentes n’avaient déjà révélé. Pas sûr que le compositeur wallon – salué comme il se doit par la salle à l’invitation du président du jury – ait passé la meilleure soirée de la semaine. Les versants onirique et poétique ne sont pas véritablement explorés, le percussif domine et Kramer privilégie les rythmes sur les couleurs.

Prokofiev – troisième exécution du deuxième concerto cette semaine – le montrera beaucoup plus dans son élément. D’emblée, l’andantino le révèle à son meilleur : sonorité affirmée, technique souveraine et inspiration constante. La cadence est dantesque et somptueuse à la fois, et les retrouvailles avec Marin Alsop et ses musiciens – que la salle vient également d’applaudir à l’initiative d’Arie Van Lysebeth – sont d’une brûlante intensité.

Après un scherzo d’une précision sans faille nonobstant le tempo hallucinant, l’intermezzo confirme cette maîtrise de haut vol, fût-ce au risque de passer un peu à côté de la dimension sarcastique du mouvement. Feu d’artifice final avec un magnifique allegro tempestoso, le plus souvent passionné mais parfois empreint d’une émouvante simplicité dans certains des passages en soliste. Les résultats seront annoncés dans moins de deux heures en principe, mais on se dit que Kramer pourrait finir dans le haut du panier.