Celui deJi Won Song fut souriant. Et les récitals, plutôt tonitruants.

Avec la Coréenne Ji Won Song, 26 ans, c’est le troisième des quatre Concertos n°5 de Mozart du jour qui s’annonce. Musicalité cultivée, technique infaillible, la jeune musicienne - qui fut demi-finaliste en 2015 - inscrit son jeu dans des sonorités pures, pas très grandes mais bien projetées, et une stabilité rythmique impressionnante (même si le finale fut un peu précipité…), naturel et simplicité, en sus. Ce fut un Mozart souriant. On n’en dira pas de même de la prestation de Christine Lim, 24 ans, américaine d’origine coréenne, beaucoup plus affirmée dans son approche (elle mime les tutti, avec une sorte d’impatience, lors de l’introduction orchestrale…), adoptant des tempos rapides, parfois heurtés. Les sonorités sont puissantes, parfois acides, mais le discours est vif et éloquent, doté d’un caractère improvisé bienvenu. Cela donnera un Adagio plutôt curieux mais assez émouvant (Kantorow veille à harmoniser tout son petit monde) et le finale, débordant de vie et de fantaisie est une euphorie.

Comme la plupart des candidats, la Japonaise Yukiko Uno, 23 ans, ouvre son récital avec la pièce de Van Camp, accompagnée par son compatriote Takashi Sato (ancien lauréat du Concours). Le duo fonctionne à merveille, tous deux pratiquant un jeu dynamique, puissant et engagé (malgré des gabarits très différents…), n’hésitant pas à prendre des risques, dont celui de présenter la Sonate n°3 de Beethoven dont ils feront un authentique moment de musique de chambre. La candidate atteste une inspiration constante et un goût sûr. Son aptitude à maîtriser le discours fait qu’avec elle, tout est lisible et grand, on pourrait dire "magnifique", si la tendance a écraser le son n’entraînait des problèmes de justesse, accusés dans les deux sonates dYsaÿe concluant son récital.

Tout en force

À l’écoute du début de la Sonate n° 2 de Prokofiev, donnée par l’Ukrainien Vazyl Zatsikha, 28 ans, (avec Sato au piano) on put croire à un retour à la douceur, ce qui venant de pareil colosse eût été touchant. Ce fut le contraire, le candidat jouant tout en force, à fond, au prix de moult grincements et désordres. Mais ça ne manqua pas de jus, ni même d’émotion, notamment dans le mouvement central.

Et la version de l’imposé, déjà très libérée de la partition, fut assurément une des plus amusantes entendues jusqu’ici. La douceur finit même par s’inviter avec un Ysaÿe à la fois sensible et assuré.