Musique / Festivals

Magnifique Mozart de Stella Chen, suivi de deux récitals marquants.

Le troisième Concerto n° 4 de Mozart de la journée sera confié à l’Américaine Elly Sue, 29 ans, toute gracile dans sa robe de mousseline vert amande et en relatif inconfort sur ses (très) hauts talons dorés... En dépit d’un entrée en matière un peu nerveuse, le premier mouvement se déroulera sans encombre, inscrit dans des sonorités élégantes et ponctué par une cadence « maison » (ce qui est presque devenu la norme cette année). Un Adagio simple et chantant, manquant peut-être un peu d’intensité et, surprise délicieuse dans la cadence du finale, le thème de la Brabançonne ! Ou comment remercier ses hôtes tout en marquant les esprits...

L’Américaine Stella Chen, 26 ans - que nous avions tant aimée dans Schubert -, a choisi le Concerto n°5, dans lequel elle instaure d’emblée un climat jubilatoire (mais un tempo périlleux). Les sonorités sont ravissantes, pures et chaleureuses à la fois. L’Adagio, abordé plutôt comme un Andante, n’en est pas moins intense, doté d’inflexions prenantes - notamment dans la belle reprise du thème en mineur - et le finale, conçu comme un petit opéra, verra se succéder les péripéties - danses, tempêtes, éclaircies - avec un sens aigu de la dramaturgie, goût, charme et éclat en sus.

Salué par un tonnerre d’applaudissements, le Canadien (d’origine russe) Daniel Kogan, 26 ans, ouvre son récital par Ysaÿe, avec un Allegretto lointain, se rapprochant peu à peu sans vraiment prendre vie, et un Finale « con brio » ardent et noir. L’imposé est plus noir encore mais électrisant, à quoi s’ajoute, dans la Sonate de Debussy, un art du discours incongru mais imparable que le candidat mènera en concertation serrée avec son pianiste Oleg Khudiakov. Enfin, loin de tout feu d’artifice conclusif, le Poème élégiaque d’Ysaÿe entraînera toute la salle dans la chose la plus triste du monde, et dont on n’aurait jamais voulu sortir.

Dur de se concentrer après un moment aussi ravageur, mais l’Américain Stephen Kim, 23 ans a tôt fait de s’imposer par sa maîtrise et sa musicalité, en dépit d’un accroc dans la Sonate d’Ysaÿe. Formidable imposé, fluide et dansant, dégageant comme peu jusqu’ici la structure harmonique de l’œuvre, notamment grâce à son sens rythmique et sa justesse parfaite. Il sera près de 23 heures lorsqu’il entamera la 3e Sonate de Brahms, donnée avec partition mais en fait de mémoire, avec une intensité et un engagement qui mettront le feu à la salle.