Julia Pusker livre un Mozart à la fois simple et intense.

Les meilleurs interprètes de Mozart sont ceux qui, tout en respectant ce que sa musique suppose de simplicité et d’évidence, ne la traitent pas pour autant de manière superficielle . Et réussissent, au contraire, à en restituer toute l’intensité sous-jacente. Peu de demi-finalistes y arrivent cette année au Concours Reine Elisabeth, mais Julia Pusker aura été ce jeudi une des exceptions qui confirment la règle.

Charisme magnétique, phrasés élégants, synthèse parfaite d’un certain apport baroqueux et de la grande tradition classique, la Hongroise livre un Mozart qu’elle donne le sentiment de réinventer à chaque instant, où rien n’est jamais routinier et où chaque mesure trouve un sens. Mozart l’habite à ce point que, même quand elle ne joue pas, Pusker vit intensément sa musique, des yeux, de la tête ou du corps. Ce premier concerto de Mozart (avec les cadences du musicologue Robert Levin, Joachim n’étant de toute façon pas passé par là) restera dans les annales.

Pas facile pour Max Tan de passer ensuite. L’Américain est attachant, son jeu est plein de vivacité et sa sonorité est parfois de toute beauté (même si l’instrument y est sans doute pour quelque chose). Dans son concerto (le n° 4), il se risque même à faire la synthèse entre les habituelles cadences de Joachim (premier mouvement) et une autre de sa main (le dernier). Mais on est un cran en-dessous de Pusker, tant dans l’inspiration que dans la technique, plus d’une fois prise en défaut.

Luke Hsu, 28 ans, prend le Scherzo-Bagatelle de Bram Van Camp comme un combat à mains nues dont il sort triomphant. Le contraste est impressionnant avec un Ysaÿe qui commence sur le ton de la confidence dans l’allegretto, mais repart ensuite dans l’héroïsme pour le finale con brio. Le temps pour Takashi Sato de revenir au piano, et l’Américain se lance dans la sonate n° 2 en ré majeur de Prokofiev : une superbe interprétation, virevoltante, caustique et brillante dans le scherzo, mais aussi dans l’allegro con brio final.

Accompagnée de Victor Santiago Asuncion, Seina Matsuoka, 25 ans, réussit elle aussi un excellent récital. Maîtrise technique dans les deux imposés belges, mais mieux encore ensuite : une sonate de Schumann expressive et contrastée à souhait (avec juste quelques petits accrocs techniques), et une pièce finale ludique plus que virtuose (Caprice viennois de Fritz Kreisler), cerise sur le gâteau plus qu’apothéose.