Prestation très maîtrisée de la candidate coréenne.

Il y a dans le Fidl de Kimmo Hakola tellement de trouvailles, de climats, d’influences ou de clins d’œil que chaque lecture y apporte un nouveau regard, fût-il sonore. En plus de trente ans de Concours Reine Elisabeth, on ne se souvient pas d’une œuvre imposée aussi agréable à suivre et à découvrir. Ji Won Song l’aborde sur un ton décidé, combattant, en évitant de s’attarder en route et, du coup, en négligeant les moments laissant place à plus de lyrisme. La candidate coréenne semble n’avoir d’autre objectif que de franchir l’obstacle sans encombre, et elle le fait brillamment. Mais là où Sylvia Huang ou, dans un autre genre, Stephen Kim semblaient se laisser porter par l’œuvre dans les passages purement orchestraux, Ji Won Song semble les utiliser pour récupérer des forces ou du souffle pour son intervention suivante. Le résultat est impressionnant de maîtrise technique, mais peu investi. Et si la violoniste arbore un large sourire dans les derniers traits, il semble plus être l’indice d’un contentement d’avoir atteint le but que d’une véritable connivence avec ce que l’œuvre recèle d’humour.


Alors que le concerto en ré mineur de Jean Sibelius est d’habitude un des favoris des finalistes avec ceux de Tchaïkovski et de Brahms, ils ne sont que deux à le jouer cette année, et Ji Won Song est la première. Dès son entrée – coulée avec un naturel et un lyrisme impeccables – on la sent dans son élément bien plus que dans l’œuvre contemporaine. Son investissement est intense, son abandon à l’œuvre est réel, au point parfois de perdre le contact avec Hugh Wolff – ce qui n’empêche pas l’Orchestre national de Belgique de jouer superbement en déployant des sonorités grandioses. Certes, la lecture de la Coréenne ne révolutionne en rien les standards, et peut même sembler un peu « apprise » par certains côtés, et en tout cas très contrôlée : mais quand elle se libère enfin dans le dernier mouvement, elle n’échappe pas à quelques petits accrocs d’intonation et de rythme.