Flagey accueillait hier les premiers candidats de la première session violoncelle du Concours.

Ils sont cinq ou six par séances et jouent chacun 20 à 25 minutes. Pour cette première séance du premier tour du premier Concours Reine Elisabeth de violoncelle, tenue en présence de la reine Mathilde jusqu’à l’entracte, ce sont tous des hommes.

De l’importance de l’instrument

Premier sentiment : comme les violonistes (plus encore qu’eux ?), les violoncellistes ne sont pas égaux par leurs instruments. L’art du luthier peut magnifier une sonorité. On sent ainsi le contraste entre le violoncelle sans relief particulier de Sihao He et la rondeur chaude et profonde de celui d’Herbert Fritsch. On aime pourtant chez le Chinois de 23 ans un véritable tempérament de chambriste, sensible dès la sonate pour deux violoncelles G. 2 de Boccherini et confirmée dans le rondo en sol mineur op. 94 de Dvorak, ludique et rêveur à la fois. Le jeune Allemand de 20 ans a certes l’avantage d’avoir été formé aux canons d’interprétation de la musique baroque - il joue Boccherini sans pique, avec un archet baroque et sans vibrato déplacé - et sa lecture chantante, forte d’un bel instrument, fait merveille. Le "Grave" de la sonate pour violoncelle seul d’Eugène Ysaÿe (troisième œuvre au menu de chacun) reste par contre plus littéral que celui de son prédécesseur, et Dvorak le montre dans un style de soliste romantique enfiévré qui frise parfois l’affectation.

Yeux fermés vers l’extase, sourire dominateur, John-Henry Crawford, 24 ans, exprime plus par le visage et le corps que par l’archet : Boccherini, puis son allegro initial de la superbe sonate pour arpeggione de Schubert, trop convenu, trahissent chez l’Américain un manque d’intériorité. Le Japonais Hideaki Fujiwara, 22 ans, laissera un sentiment similaire d’objectivité, avec en outre quelques accrocs de justesse. L’âme, comme la valeur, n’attend certes pas le nombre des années, comme le prouvera Dilshod Narzillaev dans un bel Ysaÿe : mais, chez cet Ouzbèque de 19 ans, il reste des scories, et la sonorité trop verte n’est pas seulement question d’instrument.

La diversité du violoncelle

Musicien raffiné, élégant et plus mûr - 26 ans -, l’Allemand Valentino Worlitzsch restera comme la révélation de la séance. Confirmant, de Boccherini à Schumann, le deuxième sentiment - réjouissant ! - de ce premier après-midi : plus qu’avec le piano ou le violon, le répertoire de ce premier tour échappe à la virtuosité pure, tout en garantissant une diversité suffisante pour ne pas s’ennuyer. Avec lui en tout cas, on est moins au concours qu’au concert.Nicolas Blanmont

Bruxelles, Flagey, jusqu’au 13 mai à 15h et 20h.