Musique & Festivals

Le quatrième et dernier des finalistes français livre un Chostakovitch poignant mais distancié.

La dernière soirée de cette semaine de finale s'ouvre avec le Français Victor Julien-Laferrière, 26 ans, une des personnalités les plus affirmées et les plus inspirées de cette session (qui n'en manqua pas), un musicien ayant déjà accompli un vrai parcours professionnel, y compris la fondation d'un trio à clavier de haut niveau. On ne connaît pas le nom de son violon mais c'est une violon ancien (1720) au sonorités riches et puissantes, avec un registre grave particulièrement profond. De quoi aborder Sublimation de Toshio Hosokawa en conquérant ; puisqu'il s'agit, selon le "pitch" livré par le compositeur, du dialogue entre un homme et la nature (représentée par l'orchestre), on observera que cette nature est ici apprivoisée de main de maître.

Tout comme Ivan Karisna - que l'on entendra également ce soir - Victor a choisi de donner le premier concerto de Chostakovitch, cela fera donc le cinquième de la semaine. De quoi disposer de quelques points de comparaison et de pouvoir observer d'emblée que le musicien privilégie une approche "classique" de cette partition : tempo modéré mais soutenu, sonorités pleines et chaleureuses, sens de la construction plus que de la narration, pas d'anecdote, ni de fioriture, ni de second degré, on est dans la grandeur et la beauté, point. Le mouvement lent, déployé dans des sonorités sublimes, est d'une ampleur inédite et chargé, doté plutôt, d'une émotion d'autant plus poignante que tout est ici naturel, comme inventé sur place, dans un temps propre, dilaté à l'infini, en totale osmose avec l'orchestre et le chef. 

La sensation sera plus prégnante encore dans la Cadenza au cours de laquelle le musicien tiendra son public captif de sa respiration, de sa pulsation, de ses silences, toujours dans la plénitude et le raffinement. Cette ambiance sonore et esthétique prendra encore de tout autres couleurs dans le finale, que l'on entendit si souvent grinçant, sauvage, burlesque, et qui, ici, sans pour autant lâcher l'étreinte, gardera un caractère de maîtrise distanciée. Alternatif et convaincant.