Élégante et raffinée, la candidate belge réussit le grand écart entre Janacek et Bazzini.

Tous les demi-finalistes se sont produits une première fois et, dès ce jeudi, reviennent pour un second passage. Yoo Jin Lee ouvre le bal avec le concerto n° 4 en ré majeur de Mozart, attaqué franc battant. La jeune Coréenne confirme son aisance technique, mais Mozart n’est sa tasse de thé, comme le confirme le (non-)choix des cadences de Joachim. Sa lecture linéaire ne passionne pas, à peine troublée sur la fin par quelques traces de fatigue.

Il y a un peu plus d’aspérités dans le cinquième concerto proposé par Ioana Cristina Goicea, une fois encore avec les cadences de Joachim. Mais ces aspérités sont parfois des accrocs dont les membres du jury pourraient lui tenir grief. Dans l’adagio, la Roumaine réussit quelques beaux passages, mais un peu délayés dans un tempo trop lent. Libéré, aérien, le rondeau final sera son sommet.

Lundi, Anna Göckel avait conquis Flagey avec son concerto de Mozart. Elle confirme ses affinités mozartiennes par une très belle interprétation de la sonate K. 301: une vision fluide et souriante comme elle, , sans afféterie et nourrie d’une vraie complicité avec Thomas Hoppe.

On pourra certes reprocher à la Française quelques sons moins heureux, voire quelques écarts, notamment au début de la sonate d’Ysaÿe : l’approche est ici terrienne, presque paysanne, à l’opposé des lectures éthérées de certains. Même recherche de vérité dans le Scherzo-Bagatelle de Van Camp, et aussi dans la fantaisie brillante de Wieniawski sur des thèmes de Faust, un Gounod qui refuse la galanterie de salon pour préférer la sincérité des tavernes populaires. Il y a chez Göckel une cohérence, une sincérité et un refus de la superficialité qui forcent le respect.

Sylvia Huang ouvre son récital avec une lecture élégante, fluide et techniquement très sûre de la première sonate d’Eugène Ysaÿe, puis témoigne des mêmes qualités dans l’imposé de Van Camp, parfaitement maîtrisé. Intense, pudique, désolée, la sonate de Leoš Janacek – ce seul choix témoigne aussi d’une personnalité de fine musicienne – restera comme un moment fort de la semaine, grâce aussi à l’excellent Boris Kusnezow au piano.

D’Antonio Bazzini, violoniste virtuose du XIX e siècle, on entend d’habitude la Ronde des lutins. Huang est allée chercher plus loin, et surtout moins kitsch, avec Calabrese, un Morceau caractéristique où elle démontre une fois encore sa technique impeccable et élégante. Elle mérite la finale !