Prestation stratosphérique du Canadien avec un Grieg d’anthologie.

Les cadences, dans les concertos classiques, ce sont ces brefs moments où, à la fin d’un mouvement, l’orchestre s’arrête pour laisser le soliste improviser. L’art d’improviser s’est perdu depuis longtemps, et les solistes ont pris l’habitude de jouer des cadences identiques, œuvre de l’un ou l’autre grand maître. Dans les concertos pour violon de Mozart, les cadences romantiques de Joseph Joachim – grand virtuose du XIXe dédicataire du concerto de Brahms – sont ainsi le maître-achat, ou la solution facile. On peut risquer la corrélation : les plus fins mozartiens vont chercher plus loin que Joachim. Ils optent pour les cadences du musicologue Robert Levin ou, comme Sylvia Huang, d’Arthur Grumiaux. Voire –c’est une majorité –écrivent leurs propres cadences.

Kumin Park, 22 ans, a opté pour le concerto n° 5 avec les cadences Joachim. Le jeu du Coréen est frais, propre, mais trop linéaire : on rêve de plus de respirations, on aimerait éprouver ne fût-ce qu’un millième de seconde l’enivrante crainte que la note suivante pourrait ne pas arriver. Las, tout reste désespérément régulier.

Dans le même concerto, Seiji Okamoto a écrit ses propres cadences, originales et audacieuses. Assez personnelles, aussi, pour offrir prise à la critique: trop longues ? stylistiquement adéquates ? trop démonstratives ? Dans le reste du concerto, on aime le dynamisme et la théâtralité du Nippon, mais quelques accrocs sensibles émaillent parfois son jeu.

Splendide récital que celui de Timothy Chooi, 25 ans. Après une version très réussie deScherzo-Bagatelle, riche en nuances, d’effets, de ruptures et de contrastes, le Canadien joue un Ysaÿe simple mais vrai, plein d’intensité. On ne se souvient pas d’avoir entendu la troisième sonate de Grieg au Reine Elisabeth, mais sa lecture, avec un excellent Takashi Sato au piano, restera comme un moment de référence de cette édition 2019. Sonorité somptueuse, talent de conteur, finesse des climats, Chooi enivre la salle.

Sous l’archet de Siwoo Kim, la sonate de Debussy est donnée avec élégance, et avec cette distance qui avait manqué l’après-midi à Eva Rabchevska. C’est que l’Américain est, à 29 ans, un des aînés de cette édition, et sa maturité se confirmera dans le reste de son programme : sonate d’Ysaÿe sereine et maîtrisée, imposé de Van Camp sans faille mais un peu littéral et enfin le Tzigane de Ravel, robuste et brillant, soutenu par un impeccable Thomas Hoppe.