Salles pleines et sélection incontestable : le Concours est bien parti.

Evidemment, il reste encore une semaine de finales. Et, avant cela, une semaine de repos, en tout cas pour le public. Car, pour les candidats survivants, entrés depuis hier deux par deux à la Chapelle Musicale Reine Elisabeth, ce sera plutôt dur labeur : ils devront découvrir, apprendre et maîtriser une œuvre imposée avec orchestre dont on peut présumer qu’elle sera difficile. Pour eux comme pour les spectateurs qui la découvriront le lundi 29 mai sur le coup de 20 h.

Quatre Français sur douze finalistes

A l’issue des deux premières semaines de la compétition, c’est l’heure des premiers bilans. Statistiques d’abord. Il y avait quanrante-sept candidats pour vingt-et-une candidates au départ (30 % de femmes) et il ne reste que deux femmes dans les douze finalistes, soit 16 %.

Côté nationalités, les Asiatiques sont toujours là, mais de façon moins dominante que dans certaines sessions de piano ou de violon : deux Coréennes, un Japonais, un Chinois, pour un seul Américain. Aucun Russe - mais un Biélorusse - et, chose rare, un Colombien. L’Europe, quant à elle, est représentée par un Polonais et pas moins de quatre Français. Pas d’effet Macron à rechercher ici, mais la preuve d’un vivier abondant de qualité. Et, peut-être, la proximité géographique, qui a offert plus vite la conscience de l’ouverture du prestigieux Concours à une nouvelle discipline.

Mais le bilan est aussi qualitatif. Et des plus satisfaisants. On a déjà souligné au fil des jours la cohérence des programmes proposés, l’engagement constant de la famille royale - et surtout de la Reine Mathilde - ou la réponse très positive du public et des médias. Il faut insister une fois encore sur la qualité du travail de l’Orchestre Royal de Chambre de Wallonie et de son directeur musical Frank Braley : s’ils n’avaient apparemment que deux concertos de Haydn à jouer en alternance cette semaine (treize fois le ré majeur, onze fois l’ut majeur), les Montois ont réussi en réalité à jouer vingt-quatre concertos différents, tant ils ont voulu et su s’adapter aux spécificités (tempi, dynamiques, leadership ou non) de chacun des vingt-quatre demi-finalistes.

L’ORCW qui, les années précédentes, avait parfois pu sembler de niveau inégal, a incontestablement bénéficié du fait d’être dirigé non plus par des chefs invités (aussi talentueux soient-ils) mais par son directeur musical. Un directeur musical qui sait de quoi il s’agit puisqu’il a lui-même remporté le Concours en 1991.

On peut éventuellement mégoter sur certains choix de répertoire fait par le jury tout au long des demi-finales. Les candidats doivent proposer deux programmes de récital (qui, le plus souvent, ne diffèrent que par une - voire deux - œuvres) et c’est le jury qui a le dernier mot. Et la logique de ses membres - qui veulent tester, vérifier, mais aussi parfois privilégier la musique la plus contemporaine possible - n’est pas nécessairement celle du public, qui aurait parfois préféré entendre certaines œuvres plus familières ou plus classiques.

Mais c’est un détail car, pour le reste, la sélection des douze noms des finalistes faisait pratiquement l’unanimité aux premières heures de dimanche : les quatre mousquetaires français - Philippe, Levionnois, Julien-Laferrière et Pascal, chouchous du public de Flagey, y sont et il ne reste qu’à couronner celui des quatre qui sera D’Artagnan.

Le grand Karizna

Et puis, sans exclure une surprise, il y a le grand Karizna. Grand par la taille, ce physique d’ours doux à la Depardieu qui ferait presque passer le violoncelle pour un petit instrument. Mais aussi grand par le talent, par l’originalité, la personnalité et l’intelligence. On ne peut s’empêcher de se souvenir que, il y a juste un an, Lukas Vondrácek - avec une dégaine un peu semblable - avait dominé les trois semaines de compétition de son talent et de sa maturité avant de l’emporter. Et de constater que Karizna, hasard du tirage au sort, passera le dernier le samedi soir, position que l’on sait favorable à des futurs vainqueurs.


Les 12 finalistes

Lundi 29: 

Sihao He, CHN (Schumann) 

Brannon Cho, USA (Chostakovitch 1)

Mardi 30: 

Yan Levionnois, F (Dvorřák 2) 

Aurélien Pascal, F (Chostakovitch 1)

Mercredi 31: 

Maciej Kułakowski, POL (Chostakovitch 1) 

Seungmin Kang, KOR (Dvorřák 2)

Jeudi 1er: 

JeongHyoun (Christine) Lee, KOR (Schumann) 

Yuya Okamoto, JAP (Dvorřák 2)

Vendredi 2: 

Bruno Philippe, F (Dvořrák 2) 

Santiago Cañón-Valencia, COL (Chostakovitch 1)

Samedi 3: 

Victor Julien-Laferrière, F (Chostakovitch 1) 

Ivan Karizna, BIE (Chostakovitch 1)