Ambiance des grands soirs, lundi au Bozar. Dans une salle Henry Le Bœuf bondée - et survoltée-, en présence du roi et de la reine, et après une vibrante Brabançonne, il revient à la Coréenne Yoonji Kim, 27 ans, non seulement d'ouvrir la semaine de finale mais de créer l'œuvre imposée, "A Butterfly's Dream" de Claude Ledoux. A priori pas de quoi effrayer une musicienne qui, le 2 mai dernier, ouvrit la session tout entière en manifestant d'emblée un incroyable aplomb, dans tous les répertoires, et d'immense moyens.

A première écoute, il apparaît que la pièce de Ledoux sera de celles qui démentiront la réputation mitigée des "imposés " : orchestrée avec un goût sensible pour les jeux de timbres et de couleurs, bien équilibrée dans la balance entre l'orchestre et le piano, elle réserve à ce dernier l'occasion de se déployer de façon à la fois organique et brillante ( voir article de Nicolas Blanmont). Entre onirisme et sensualité - et finissant "avec beaucoup de tendresse, comme en s'éloignant sur la pointe des pieds" - la jeune pianiste évoluera avec détermination au sein des images intérieures et poétiques qui lui sont proposées, attestant une maîtrise qui dément l'inquiétude qu'elle exprimait récemment au micro de Marie Michiels ! On lui doit, en tous cas, d'avoir créé cette partition en lui offrant une grande lisibilité (notamment dans l'équilibre avec l'orchestre), et un maximum de couleurs.

L'enchaînement avec le Concerto n°1 en mi bémol majeur de Franz Liszt n'en paraît que plus naturel, quoiqu' ouvert sur un Allegro maestoso uniment puissant, impérieux, où il faut compter sur les interventions de l'orchestre pour que survienne un peu de douceur... Dans le Quasi adagio (les quatre mouvements sont enchaînés) Yoonji Kim laissera monter un chant ample et prenant mais jamais dans l'abandon ou le véritable lyrisme : les sonorités restent objectives, affirmées, et si l'entente avec l'orchestre est bonne du point de vue des tempos, de l'énergie, du climat général, les nuances fines sont guère partagés. La suite du concerto le confirmera, construit comme une une course à l'abîme, avec, vers la fin, quelques petits signes de fatigue, mais en maintenant toujours cette puissance à la fois sonore (verticale, pourrait-on dire) et directionnelle. Et c'est bien ainsi que le concerto doit être mené pour convaincre, prendre son sens et son éclat, dommage qu'on y ait pas rencontré plus de subtilité et de surprise.