ENTRETIEN

Planquez-vous, le très Belge Serge Van Laeken alias Marka est «De retour» comme il le chante avec autodérision dans son album «Aktion Man». Il sera au Botanique le 23 mai, aux Francofolies de Spa le 22 juillet. Musicalement, ce nouvel opus s'affirme plus rock, même si quelques chansons tanguent sur des percussions légères et des choeurs, auxquels s'ajoutent parfois des trompettes façon Négresses vertes («Dormir chez toi»); plus ouvert aussi puisque Marka cède tantôt la plume (le journaliste Sébastien Ministru et Laurence Bibot «Mme Marka» signent chacun un texte, Thierry Robberecht deux), tantôt la composition musicale.

Vous revenez d'une petite tournée en Asie, comme on peut le voir sur votre site Internet...

Oui. Cela s'est fait par des contacts via mon beau-frère qui est dans le business. J'ai chanté à Tokyo, Pékin, Hanoï, Ho Chi Minh. C'était extraordinaire de voir que les gens, sans comprendre la langue, étaient pris par la musique. J'espère y retourner.

Sur cet album, vous avez un peu mis de côté l'accordéon, il est moins «orchestral»...

Après la compil'«C'est tout moi» (2004), j'avais l'impression d'avoir fait le tour de l'accordéon sur scène, j'ai eu envie de revenir à quelque chose d'un peu plus électrique, de différent. Même s'il reste des chansons typiquement «Marka» comme «Dormir chez moi». J'ai toujours été partagé entre mon amour viscéral du rock et l'envie de morceaux qui fassent danser les gens. C'est ce que Clash a réussi à concilier, avec «Magnificient» et «Rock the Casbah».

Côté textes aussi, l'album se veut léger, un peu vacances...

Tant mieux. Je ne vois pas la musique comme une nécessité de se prendre la tête, j'ai besoin de faire des choses rigolotes, je n'ai pas envie de chanter le désespoir, d'autres le font déjà. Comme Radiohead que j'adore, mais qui donne envie de se tirer une balle dans la tête. Je serais incapable de faire des trucs aussi «down» qu'eux.

Vous critiquez, dans une chanson, les «chanteurs engagés»...

Ils se mettent dans des situations difficiles. Tu t'engages sur plein de trucs, tu critiques la société de consommation, etc, et puis ça marche pour toi, tu gagnes beaucoup d'argent grâce à ça: que fais-tu de ce succès?

Se prendre au sérieux, c'est un peu casse-balle.

«Des mecs portent des strings/ Les DJ remplacent Sting (...) Fini les maillots / A poil c'est rigolo»: la chanson «Topless à gogo» vogue au ras des pâquerettes, non?

Le titre, peut-être, mais le reste pas tant que ça, même si je reconnais que ce n'est pas un grand moment de poésie. C'est une expérience vécue. Je suis retourné sur une plage des Baléares, et j'ai trouvé que ça avait beaucoup changé en quinze ans: les sonneries de téléphone, les tatouages, les DJ qui mixent sur place, etc. J'ai raconté cela. «Dormir chez moi», ça, c'est «ras des pâquerettes»: il n'y a quasiment qu'un refrain. La chanson pour draguer, un peu facile.

Il y a aussi «Cool Session», «Dansez mesdemoiselles», «Toujours coureur»...: beaucoup d'histoires de drague précisément.

Ah oui?... Oui, c'est vrai.

Cela vous correspond?

Oui. C'est pour ça qu'on fait ce métier, à la base - même les chanteurs «engagés» -: pour plaire aux filles! On est tous narcissiques. Bon, ce n'est pas très vendeur de dire ça...

La chanson «De retour» non plus, où vous dites «On me vire par la fenêtre / Je rentre par le séjour... Je vais vous pourrir la vie».

Je me moque de moi-même. Quand je regarde mon parcours... «Allez allez» fonctionne du tonnerre: au bout d'un an, la chanteuse se barre et ça s'arrête. Je forme «Les Cactus», à un moment je me sépare du bassiste: il forme «Vaya Con Dios». Je sors «Accouplés» en 1995, ce morceau aux sonorités arabisantes passe bien en radio... jusqu'aux attentats dans le métro parisien. En 1999, je sors «Caroline», reprise de MC Solar: il arrive avec sa version «live» qui éclipse la mienne. En 2003, je sors un album en France: le label se plante. Il faut vraiment que j'aie envie de continuer! Mais j'en ris. Il y a des gens qui ne m'aiment pas, des radios qui ne me passeront jamais. J'ai juste envie de leur dire: coucou, me revoilà!

Des projets, sinon?

Un projet avec l'accordéoniste Didier Laloy, le violoniste Luc Pilartz et un guitariste, où je serais moi-même bassiste. Et en tant que Marka, je voudrais sortir un album swing, et puis peut-être un album acoustique: en formule piano-harmonica?

Marka, «Aktion Man», Viva Disc/Universal. Le 12/5 au Centre culturel de Waremme, le 23/5 au Botanique, le 22/7 aux Francofolies de Spa (Parc). Web www.marka.be

© La Libre Belgique 2006