Cela fait un bon bout de temps qu’on en parle. Dix ans, rappelle Irène Rossi, responsable presse du festival bruxellois Couleur Café qui ouvre ses portes ce vendredi à 16h. De quoi ? Du fameux déménagement. C’est que Tour&Taxis est un lieu privé appartenant à une société immobilière qui aménage, petit à petit, le site en construisant de nouveaux bâtiments. "On doit s’adapter à chaque fois. Cette année, il y a quelques ajustements, mais cela n’est pas flagrant. Juste un petit chapiteau qui a changé de place. L’année prochaine, d’autres travaux sont prévus et ce sera sans doute encore plus difficile d’avoir la même implantation que cette année", estime Irène Rossi.

Au Heysel ?

Tout un temps, il avait été question que Couleur Café déménage au Heysel. Est-ce toujours d’actualité ? "On a trois endroits en vue. On est en pleine discussion pour obtenir des autorisations; c’est loin d’être simple", continue l’attachée de presse. Un autre problème auquel CC a été confronté, c’est le chapiteau provisoire de la Monnaie (en travaux), installé là où le camping extérieur prenait place. Vite résolu : le camping sera complètement indoor. Testé déjà l’année dernière (1 500 places), le voilà qui voit sa capacité passer à 3 000. Quant au week-end où CC allait se déployer, les organisateurs n’avaient pas vraiment le choix, vu que le dernier spectacle de la Monnaie s’est tenu hier, jeudi soir. Prendre place le même week-end que Werchter ne leur plaît guère : 12 % du public leur est commun.

Régulièrement, Couleur Café sonde son public. Par des interviews les jours du festival, lors de tables rondes, aussi, convoquées ultérieurement. Questionnés sur un éventuel déménagement, les festivaliers ne montrent guère de réticence, tant que l’esprit Couleur Café perdure. Un esprit défini par ces quelques mots : métissage, convivialité, fête. Alors que pendant un certain temps, au fil de certaines éditions, Couleur Café se réjouissait du taux de fréquentation qui s’accroissait d’année en année, les organisateurs en profiteront-ils, quand il y aura déménagement, pour augmenter la jauge ? "Non, s’exclame Irène Rossi. Cela n’a jamais été notre but. Nous voulons rester entre 60 et 75 000 festivaliers par édition."

Repenser le concept

Cela n’empêche, des changements, Couleur Café en connaîtra quand déménagement il y aura. "On réfléchit en profondeur au concept. Quand on a lancé Couleur Café, on était tout à fait original. On reste un festival avec une grande mixité de genres, de musiques, de publics. Les restos exotiques, on était les premiers à faire cela. On cherche de nouvelles pistes", explique notre interlocutrice.

Les habitués sont aussi sollicités pour donner leur avis sur l’affiche. C’est en tout cas de cette façon qu’Irène Rossi justifie le fait que l’édition 2016 se recentre sur la world, l’afro et le latino. "Quand notre public demandait plus de pop et de rock, on l’a suivi. On a toujours programmé de la world, mais sur des scènes plus petites. Youssou’n Dour, cela fait 9 ans qu’il n’est plus venu, c’est un des gros symboles de la world music de l’époque, toujours réputé aujourd’hui." Que répondre aux esprits chagrins qui regrettent une programmation world pure et dure qu’ils pensent trouver à Esperanzah avec The Dizzy Brains (Madagascar), Calypso Rose (Trinidad et Tobago) ou Ana Tijoux (Chili) ? "On a toujours eu des groupes de hip hop africains comme des groupes latinos qui ne faisaient pas dans le traditionnel. Cette année, on a Bomba Estereo (mélange de latino trad et d’electro). Quantic, Anglais mélangeant la cumbia, la samba et la bossa. Il y a le blues touareg de Kel Assouf. Pat Thomas&Kwashibu Area Band, un Ghanéen qui fait de l’afrobeat. Beaucoup de reggae aussi. Avec les Africans de Meta and the Cornerstones. Et puis, Elito Rece y su Charangon, Kwabs… Ils font partie de la nouvelle scène world. C’est un genre qui évolue aussi."

Sécurité et pluie

2016 sera une année difficile pour les festivals. Il y a les cachets des artistes qui n’arrêtent pas d’exploser, mais aussi un budget sécurité qui a augmenté de 20 % pour les raisons que l’on sait (il est recommandé de ne pas se présenter avec de trop gros sacs !), sans parler d’un printemps pluvieux exceptionnel. "Heureusement, sur le site de Tour&Taxis, l’eau pénètre tout de suite, ce n’est pas comme la plaine de Werchter. Le seul endroit qui pose problème, c’est en backstage avec le va-et-vient des camions. Côté camping, vu que nous avons tout rapatrié en intérieur, nous ne devrions pas connaître de souci." Et puis, la Move Stage (4 000 personnes) est maintenant sous chapiteau, comme l’Univers (8 à 10 000 personnes), le Dance Club (800 à 1 000 personnes) et le Clandestino (400 personnes). Reste le plein air avec la scène Titan et ses 25 000 spectateurs. Croisons les doigts pour que la fête soit totale. Si soleil il n’y a point, qu’au moins la drache ne s’invite. Ce sera déjà ça.

www.couleurcafe.be


Des rimes hip hop

Les Belges. Notre rap a la cote en ce moment. Woodie Smalls, Roméo Elvis (notre photo) et Gan, défendront les couleurs. Les deux premiers seront aussi du projet Niveau 4, où ils partageront la scène avec Coely, Dvtch Norris, Stikstof, JeanJass&Caballero et Senamo&Seyté.

Les Français. L’afro-trap de MHD, le rap FM de Soprano, la fraîcheur d’Alpha Wann et la sagesse d’Oxmo Puccino.

Les Américains. Le duo Method Man & Redman, le trio De La Soul, Appolo Brown & Guilty Simpson et la clique Cunninlynguists.


Des rythmes métissés

Ibeyi. Grandes absentes de Esperanzah ! l’an dernier, les jumelles franco-cubaines seront présentes à Tour et Taxis. En live, les frangines Diaz impressionnent. Elles seront une des sensations de cette édition.

Youssou N’Dour. La visite du "Roi du mbalax" sénégalais est toujours un événement.

Omar Souleyman. Armé d’une techno arabisante inspirée des rythmes de la dabka, l’homme au turban et aux lunettes noires fait danser les festivals. Quelque part entre un souk traditionnel et Tomorrowland.


Des guitares

Ghinzu. Après leur grand retour il y a un an au Festival des Libertés, la bande de John Stargasm jouera à Couleur Café de son propre souhait. En attendant l’album ?

GrandGeorge. Sa guitare à lui est plutôt folk, ses refrains entêtants et sa bonne humeur communicative.

Black Box Revelation. Les "Black Keys de Dilbeek" font dans le blues-rock électrique. Et maîtrisent leur sujet à la perfection.

Mais aussi… Les bons mots du rockeur ostendais Arno, le groove de la coqueluche Selah Sue et les riffs funky de Chic&Nile Rodgers.


Des sons électroniques

Hudson Mohawke. Ce producteur écossais de 30 printemps est aujourd’hui parmi les faiseurs de sons les plus prisés de la planète. Ses mixtures électro, hip hop, trap ou future bass ont même conquis l’écurie du boss Kanye West.

Jamie Woon. Un peu de douceur dans ce monde de brute avec la voix chaude et le beat élégant du musicien britannique Jamie Woon.

Claptone. Derrière son loup, le sorcier berlinois de la deep house fait de la piste de danse ce qui lui plaît. Déferlante de groove annoncée.