Une édition n'est pas l'autre. Le premier jour de sa 27e édition, Couleur Café l'a passée sous un ciel plombé. Il y a un an, le vendredi 3 juillet 2015, des mesures étaient prises pour rafraîchir les festivaliers. Cette année, ceux-ci vont peut-être préférer les cafés, thés à la menthe, voire quelque alcool fort si affinités. Malgré les trois degrés en dessous des normales saisonnières, il ne fait, ceci dit, pas vraiment froid. Juste fort humide, et moite, une atmosphère que connaissent très bien les pays d'Asie à la saison des pluies mais dont les climats dits tempérés (comme la Belgique) se passeraient bien – fichu réchauffement climatique. Toute la journée de vendredi, le soleil a joué au chat et à la souris – perdant sur toute la ligne. Le pompon, c'est quand Chronixx, jeune reggaeman de la Jamaïque s'est présenté sur la scène Titan – seule scène où le public est à découvert. Là, la drache nationale s'est invitée – cadeau de bienvenue pour sa première prestation à Couleur Café. Plus de 1500 fans avaient fait parvenir leur wishlist pour la 27e édition. Parmi leur souhait : un peu de Jamaïque. Leur demande était d'ailleurs précise : ils sollicitaient Chronixx. Chose demandée, chose due. Jamar McNaughton Jr de son vrai nom, 23 ans, est resté stoïque quand les éléments se sont déchaînés. Chronixx est présenté comme celui qui est à l'origine d'un revival du reggae. Carrément depuis la mort de Marley.

En festival, c'est vraiment difficile de parler musique. Et surtout, de l'écouter. Qu'est-ce que ça jacte ! Quand les les soeurs Diaz, Lisa-Kaindé et Naomi, mieux connues sous le nom de Ibeyi (« jumelles », en yoruba), font leur entrée sur la scène couverte de l'Univers, la transhumance est assurée. Le public rallie le chapiteau. Mais, c'est quoi, ce bruit qui provient du fond ? Un DJ au stand de la bière bleue, juste à côté, boycotte la poésie des soeurs Ibeyi. Triste que cette belle soul mâtinée de rythmes afro-cubains soit ainsi perturbée.

Il y a les vraies jumelles (comme Ibeyi) et les fausses. Comme les Brigitte. Drôle, sexy, joueur, sensible et culotté : voilà comment La Libre présentait le duo, allant jusqu'à qualifier le tandem Aurélie Saada/Sylvie Hoarau de duo français le plus original et rafraîchissant de la décennie. Révélé en 2011 par l’album "Et vous, tu m’aimes ?" (plus de 200 000 exemplaires écoulés), il est revenu avec un second opus rouge piment, intitulé "A bouche que veux-tu". A priori, Brigitte ne semble pas coller au public de Couleur Café. L'Univers s'est surtout rempli quand la pluie a de nouveau surgi vendredi en début de soirée. Pour ceux qui ne connaissaient pas les Brigitte, espérons que ce refuge aura éveillé leur curiosité. C'est tout le bien qu'on souhaite aux Françaises.

Les Diables sur écran géant

Les gouttes ne semblent pas perturber le groupe américain Chic, emmené par l’un de ses deux fondateurs, Nile Rodgers - seul rescapé du line-up originel. Ni le public finalement. Très rapidement la machine à tubes se met en branle. Derrière Nile Rodgers se cache, pour ceux qui ne le sauraient pas, un incroyable compositeur-producteur et un toujours fabuleux guitariste comme il l'aura de nouveau prouvé vendredi soir. Il est, notamment entouré de deux choristes, chics dans leur robe en soie crème. « We are family » (Sister Sledge), « Let's dance » (David Bowie) ou « Get lucky » (Daft Punk) : trois morceaux représentatifs, d'une certaine façon, de l'état d'esprit qui règne à Couleur Café. Avec toutes les réserves d'usage. Si l'on prend les Diables Rouges, qui jouaient leur quart de finale contre le Pays de Galles (retransmis sur écran géant), la chance ne leur aura souri que durant une petite demi-heure. Quant aux supporters, ils auront préféré oublier cette contre-performance. Tâche ardue.

Passer de Chic featuring Nile Rodgers (Titan en plein air) à Oxmo Pucino (sous l'Univers) se fait tout en douceur. Abdoulaye Diarra de son vrai nom possède lui aussi une belle clique de musiciens. Leur groove ne dépare pas de celui de Chic. Le rappeur français d'origine malienne sortait en automne dernier un nouvel opus « La voie lactée ». Une plume que cet Oxmo dont on n'aura goûté que trop rarement la poésie dans un chapiteau où l'acoustique ne semble pas se prêter à ce genre d'artiste. Un chapiteau quelque peu déserté, mais un artiste bien acclamé. « D'après la pluie, nous sommes bien sous un soleil du Nord » rappe avec à-propos le chanteur de 41 ans.

Afin de permettre aux supporters de voir la fin du match, le concert de Selah Sue avait été retardé d'une demi-heure. C'est la 4e fois que Selah Sue foule une scène de Couleur Café. Elle essaie bien de remonter le moral des spectateurs, mais nombreuses sont les mines déconfites. Rares auront été les artistes à montrer une quelconque empathie pour les festivaliers. On pense d'abord à la météo. Nous sont alors revenus en mémoire les mots réconfortants de Stephan Eicher soulignant le courage des spectateurs, venus en nombre avec « pull, parka et parapluie » au festival des solidarités de Namur en août 2014. On ajoutera à l'attention des couleurcaféristes de samedi : chaussez des bottes en caoutchouc, car le sol du site de Tour & Taxis n'absorbe pas autant qu'il a été communiqué. Quant aux campeurs, on se réjouit : ils sont à l'abri, en indoor.