Un commentaire de Nicolas Capart.

Dure, dure, la vie d’artiste… C’est ce qu’on dit. Mais le sort des programmateurs n’a rien à leur envier. C’est en tout cas ce que l’on comprend à la lecture des correspondances entretenues par l’organisateur de Couleur Café avec notre confrère Philippe Cornet, publiée cette semaine dans les colonnes du Focus/Vif. On y découvre un Patrick Wallens entamé par une tâche de plus en plus compliquée. Plutôt songeur et désillusionné.

La cause première de ses tracas : la flambée permanente des cachets. C’est un doux euphémisme de dire que pour attirer un artiste renommé, les festivals doivent littéralement se saigner. On apprend ainsi dans le journal de bord de Wallens que les noms de Santana, Ben Harper ou Frank Ocean, tous finalement trop chers, ont été envisagés. Que 200 000 € pour John Legend et 150 000 € pour Manu Chao n’ont pas suffi pour se les accaparer. Qu’une offre de 120 000 € pour Gad Elmaleh (qui finalement ira musico-blaguer aux Francos) a été balayée. Que le budget artistique de Couleur Café a doublé en cinq ans pour garder le seuil de 76 000 visiteurs payants, nécessaires pour que le festival rentre dans ses frais…

Conséquence directe de cette inflation, des coupes sombres doivent être envisagées dans le reste du budget. Exit la traditionnelle expo "Cool Art Café", pour 50 000 € économisés, et une diminution des frais de fonctionnement imposée, avec 15 % à sauver. En espérant que cela n’ait pas trop d’incidence sur l’accueil réservé aux festivaliers, qui en contrepartie voient le prix du sésame diminué (de 42 à 39 € la journée).

Comme si cela ne suffisait pas, Couleur Café fut bousculé par le géant Rock Werchter - avec lequel il a 12 % de public commun - et contraint de reporter d’un week-end sa place sur l’échiquier festivalier. Une difficulté supplémentaire qui force les organisateurs à manger à tous les râteliers, et d’ainsi contribuer malgré eux à la perte d’identité de l’événement. Hier festival métissé qui privilégiait les rythmes ensoleillés, la musique du monde et les musiques noires, la grand-messe de Tour & Taxis convie aujourd’hui rock, chanson française et DJ à l’envi. Offrant un profil flou et une programmation fourre-tout. Wallens confie d’ailleurs se demander s’il ne faudrait pas "investir un peu plus vers l’electro et l’after, revoir la formule…" Les Francofolies, de moins en moins francophiles, en sont un autre exemple.

La parade à cela serait de se limiter à un genre précis, à une scène spécifique, de privilégier des affiches cohérentes, pour des festivals à la ligne plus clairement définie. Se spécialiser, pour ne plus se heurter à la concurrence des gros bras, à l’instar d’événements comme le Woo Hah ! hollandais au rayon hip hop, ou le Loreley allemand en matière de musique progressive. Préciser le trait pour perdurer. Peut-être l’une des clés.