Noyer une salle d’applaudissements et d’ovations dès les premières notes d’un morceau est un privilège rare pour un groupe rock. Après plus de deux ans d’absence en salles, les Girls in Hawaii suscitaient encore ce genre de réactions, ce jeudi au Cirque royal. Le destin cabossé du groupe d’Antoine Wielemans et de Lionel Vancauwenberghe n’a pas freiné, encore moins arrêté, les ex-hérauts de la vague rock belge des années 2000. La pop nostalgique et fraîche de "From Here to There", leur premier opus cède par contre la place à une entité toujours downtempo, mais plus sombre sur "Everest", nouvel effort studio lâché en septembre dernier.

Désormais entourés sur disque comme sur scène du clavier de François Gustin (Mièle, Halo Kosmo) et des fûts de Boris Gronemberger (Castus), les Girls renouvellent doucement leur formule. Le groupe fan de Grandaddy multiplie les polyphonies rêveuses et enchanteresses. Derrière le groupe, le pic de la chaîne de l’Himalaya se devine discrètement, tout en flashs intermittents. Ex-premiers de cordée, les Girls connaissent le chemin sur scène. Après l’ouverture délicate, au piano de "Wars", les voix de Lionel et Antoine suspendues s’attardent sur les extraits d’"Everest". Sans insister.

"Misses" invite ainsi à la balade et Ann Pierlé rejoint ensuite l’équipée sur deux titres. Soit "Here I Belong" et plus tard "Organeum" où l’on aurait voulu la voir plus présente. Au-delà de ce très bon moment en compagnie gantoise, le sextet pop rock maîtrise son sujet, musicalement. Mais aussi sur la structure qui déploie des titres allant dans un crescendo lent, tout au long de sa grosse heure de prestation.

Rencontre au sommet

Les deux autres albums de leur discographie ne sont pas oubliés. Extrait de "Plan Your Escape", leur deuxième album "Sun of the Sons" remet la météo au beau fixe. Une parenthèse temporelle s’ouvre ensuite. Dix ans en arrière, à l’instant même où la bande FM belge jonglait entre Sharko, Ghinzu, Deus et Soulwax. Mention spéciale pour "Time to Forgive the Winter", qui aurait d’ailleurs pu être composée par ces derniers. Culminant sur les sommets de "Flavor" en point d’orgue, les Girls se lâchent devant une salle affichant complet, tout comme leur seconde date, le lendemain à l’Ancienne Belgique.

Antoine Wielemans déclarait dans les Inrocks que leur premier album très pop était ennuyeux à jouer sur scène. Qu’ils voudraient tendre à des lives chamaniques, dans la lignée d’un Pink Floyd ou d’un Noir Désir. Après quelques crochets notamment en Islande et en Chine, on imagine que le groupe aura tout le loisir d’y parvenir puisqu’une dizaine de dates françaises l’attendent cette fin d’année. Le tout suivi de cinq dates belges en janvier prochain, dans des salles à taille humaine.

Ce format confidentiel qui passera entre autres par le Trix d’Anvers, la Caserne Fonck de Liège et l’Eden de Charleroi se profile comme une renaissance en douceur. Car malgré les clins d’œil souriants du groupe (qui finira par préciser qu’il se trouve devant "le meilleur public du monde" et qu’il n’arrive toujours pas à prononcer correctement "From here to there" en anglais), le décès tragique et accidentel, il y a deux ans, de Denis (batteur et frère d’Antoine Wielemans) reste dans les mémoires. La musique, ce secret de la vie éternelle…