De plus en plus désireux de jouer dans la cour des grands, Couleur Café a pris soin de diversifier son affiche au fil des années quitte à y délaisser quelque peu son identité. Mais chaque édition regorge de surprises, et samedi soir, c'est le Britannique Tricky qui a gratifié le festival d'une prestation aussi inattendue qu'exaltante. Face à une tente à moitié vide, l'ancien frère d'armes de Massive Attack a livré une heure et demi d'electro-rock intense sans faire la moindre concession. Le public attend un show planant? Le gangster de Bristol entre sur scène sur les riffs dévastateurs d'une Gibson SG distordante et lance sa choriste sur le devant de la scène pour magnifier ses morceaux les plus dansants. Sublime dans sa robe de soirée mi-classe, mi-suggestive, le jeune femme envoie un phrasé hip hop dévastateur qui retourne les quelques curieux arrivés à l'heure, avant de poursuivre tout en grâce sur des lignes de basse plus planantes. La scène est immense, l'atmosphère intimiste, et les badauds étourdis commencent à pénétrer dans l'univers de l'artiste. Après une petite heure pourtant, Tricky fatigue, délaisse le micro pour fumer tranquillement des clopes face à sa batterie, et cède la place à ses musiciens impeccables, qui balancent leurs solos endiablés jusqu'aux petites heures de la mâtinée.

En attendant les dinosaures

De quoi faire oublier au public de Couleur Café qu'il vient de subir deux jours de déluge, et penser joyeusement à une dernière journée que tout un chacun espère ensoleillée. La musique est là mais le climat laisse des traces, et les courageux festivaliers détrempés manifestent quelques signes de désespoir avant d'assister à l'inimaginable: le retour d'un soleil estival et avec lui, l'arrivée de John Butler, tout heureux de pouvoir assister au retour des festivités armé de sa 12 cordes et de son doigté endiablé. Le Frontman australien allie folk, rock, reggae et quelques morceaux plus mielleux qu'on lui pardonnera volontiers tant l'ambiance est festive et le batteur survolté. Puis vient la deuxième découverte majeure du week-end. Serrés sur la scène "Move", qui nous avait déjà régalé la veille avec les déjantés Néerlandais "De Jeugd Van Tegenwoordig" qui doivent sauter dans tous les sens après la victoire sur le fil des Pays-Bas sur le Mexique en huitièmes de finale de la coupe du monde de football (2-1,lire ci-dessous), les américains de "Soul Rebels" balancent des cuivres à l'unisson dans la plus pure tradition sudiste de La Nouvelle-Orléans. Le public regagne des couleurs, les files se reforment devant les bars, et le grand final d'une édition qu'on aurait tort de réduire au climat, s'annonce grandiose.